- de la revue 'L'Illustration' no. 3830 de 29 juillet 1916
- 'Un Martyr du Trentin'
- par lettre de notre envoyé spécial
- Robert Vaucher
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Exécution d'un Soldat-Politicien
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voir aussi les photos de son execution - The Execution of Cesare Battisti
Rome, 20 juillet
Le soir du 17 mai 1915, au haut du Capitole, lorsque Gabriele d'Annunzio eut jeté à la foule frémissante son retentissant appel aux armes, un orateur encore demanda la parole: c'était Cesare Battisti, enfant de Trente, et député de cette ville au parlement autrichien.
Son discours fut bref et émouvant, et quand il s'écria, en montrant du geste l'Orient: « Tous à la frontière avec l'épée et avec le cur », le peuple qui remplissait la place acclama la guerre et demanda qu'on sonnât la cloche du Capitole. La multitude, comme aux temps glorieux de l'histoire de Rome, voulait que l'invitation à courir à la frontière fût lancée à la Ville Eternelle par la vieille cloche du campanile.
Et dans le silence du soir, tandis que le soleil couchant incendiait l'horizon et que le ciel charriait de grands nuages sanglants, la voix de l'airain résonna solennellement.
Quatorze mois après, cet après-midi du 20 juillet,'la foule romaine vient de reprendre le chemin du Capitole. Les drapeaux frissonnaient de nouveau à la brise du soir devant le monument de Marc-Aurèle. Mais dans les yeux de ce peuple, on lisait une haine plus forte contre l'ennemi héréditaire que celle qui y brillait l'an passé. Un nouveau crime, en effet, est à venger: Battisti, blessé en Vallarsa au moment où, à la tête de sa compagnie d'alpins, il accomplissait une action difficile pour s'emparer de Monte Corno, hauteur encore aux mains des Landschutzen, a été fait prisonnier. Ramené, tout sanglant, à Trente, il y subit un jugement sommaire, qui dura une heure à peine, puis fut pendu par Lang, le bourreau impérial, appelé en toute hâte de Vienne, dans la cour du Castello del Buon Consiglio.
Tandis que tous les autres députés autrichiens arrêtés pendant cette guerre et condamnés à mort pour haute trahison ont été régulièrement jugés et eurent la vie sauve, Battisti seul a été exécuté immédiatement. L'Autriche avait mis sur la tête du député de Trente une prime de 20.000 couronnes, que les soldats qui le firent prisonnier se seront partagées.
C'est contre cet attentat, d'une férocité raffinée, que le peuple romain venait manifester.
Devant une foule énorme, massée au pied de la loge de Michel-Ange, le maire de la Ville Eternelle a fait revivre la figure sublime de celui qui vécut et mourut pour son idéal. Et les orateurs « interventistes » qui lui succédèrent eurent la tâche aisée à montrer derrière l'Autriche un ennemi plus puissant qui se cache. « Relevons, disaient-ils, le défi qui nous est jeté en déclarant la guerre à l'Allemagne, la grande responsable des tristes événements actuels. »
Enfin, dans la nuit tombée, sur la grande place éclairée par la lueur des torches, la cloche historique du Capitole résonna comme l'autre année, annonçant au monde que la mort de Battisti serait vengée.
Robert Vaucher