de la revue 'l'Illustration' No. 3934, 27 julliet 1918
'Les Tchéco-Slovaques sur le Transsibérien'
par Robert Vaucher
Lettres et Photographies de Notre Envoyé Spécial
 
« L'illustration » en Russie

 

Petrograd, 30 juillet 1918

Depuis un mois et demi, les journaux russes portent en tête de leurs colonnes un nouveau titre: « Front tchéco-slovaque », sous lequel se succèdent de longues dépêches ou des articles interminables.

Je ne puis pas aujourd'hui, pour plusieurs raisons, vous donner des précisions sur ce qui se fait sur ce nouveau front. Nous sommes actuellement complètement coupés des détachements tchéco-slovaques opérant de l'autre côté de la Volga, mais un officier tchéco-slovaque a réussi à traverser les lignes et a pu m'apporter des photographies que je vous transmets.

Ce que je puis dire aujourd'hui, c'est que les maximalistes, en attaquant violemment les Alliés, comme ils le font ces jours-ci, et en prétendant que ces derniers ont provoqué le mouvement tchéco-slovaque contre le pouvoir des Soviets, commettent sciemment une erreur. Longtemps avant que Lénine et Trotzky fussent au pouvoir, les Tchéco-Slovaques ont demandé à se battre aux côtés des Alliés et des officiers français se sont occupés de leur instruction militaire.

Après la signature de la paix de Brest-Litovsk, ces détachements, atteignant un très fort effectif, demandèrent à partir pour le front français, et furent acheminés vers Vladivostok afin d'y être embarqués pour la France.

Craignant que les divisions tchéco-slovaques ne fissent leur jonction avec les troupes japonaises déjà débarquées à Vladivostok, Trotzky arrêta les échelons et leur interdit de continuer leur voyage.

Il fut alors décidé que ces troupes partiraient pour Arkhangel et Mourmansk et seraient, de là, dirigées vers la France. Entre temps, Trotzky, voyant le peu de succès qu'avait l'armée rouge parmi le peuple, tenta une propagande acharnée afin d'attirer à lui les éléments tchéco-slovaques. Il échoua piteusement.

En mai dernier, les échelons, en ordre parfait, rentraient de Sibérie par Omsk. Le premier détachement arrivait à Tchéliabinsk lorsqu'un incident provoqué par les Allemands changea le cours des événements.

Un soldat tchéco-slovaque fut tué par un Magyar appartenant à la fameuse légion internationale, où les Allemands ont réussi à avoir une grande influence. Les Tchéco-slovaques envoyèrent une délégation au Soviet local le priant de leur livrer l'assassin. Le Soviet, pour toute réponse, arrêta la délégation. Le commandement du détachement mit en demeure le Soviet de relâcher la délégation et de punir le meurtrier. Se heurtant à un refus, il attaqua les troupes bolcheviques. Le Soviet de Tchéliabinsk fut fait prisonnier et ses partisans battus. Trotzky profita de cet incident pour exiger le désarmement des troupes tchéco-slovaques. Celles-ci résistèrent et s'emparèrent de toute la voie de Samara à Omsk et de nombreuses villes dans les gouvernements de la Volga.

La lutte est maintenant acharnée.

Les Tchéco-Slovaques sont devenus un centre d'attraction qui attire toutes les forces russes voulant lutter contre l'Allemagne et contre l'anarchie.

Les cosaques, avec leurs atamans Doutôf et Semenof, et aujourd'hui, dit-on, les généraux Alexeief et Erdel, se sont joints au mouvement qui prend toujours plus d'extension et réserve de grandes surprises.

Robert Vaucher

 

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