de la revue ‘La France Illustrée’ no. 2107 de 17 avril 1915
'La Piraterie Allemande'
par C. B.

le Falaba

 

Rien peut-être ne montre mieux, dans son vrai jour et dans toute son horreur, la férocité des Allemands que la destruction, par un de leurs sous-marins, du paquebot anglais Falaba, et les détails de cette opération de piraterie.

Le Falaba avait, depuis dix ou douze heures, quitté Liverpool, quand, vers midi, l'homme de garde signala l'approche d'un sous-marin allemand, qui naviguait en surface et dont on distinguait la tourelle conique.

La mer était houleuse. On connaît maintenant, dans toutes les marines du monde, la barbarie avec laquelle les sujets du Kaiser traitent les navires pacifiques qui ont le malheur de se trouver sur leur passage. Le capitaine du Falaba fit distribuer aussitôt des ceintures de sauvetage et les passagers les attachèrent à leurs épaules.

Le sous-marin approchait rapidement. A une cinquantaine de mètres, le commandant allemand annonça qu'il allait couler le paquebot.

Aussitôt le capitaine du Falaba ordonna aux passagers et à l'équipage de prendre place dans les canots,— il y en avait cinq, — et il fit descendre ces canots à la mer.

Le premier canot chavira presque aussitôt: il contenait vingt personnes. Les trois suivants purent être mis à flot.

Le cinquième allait à peine toucher l'eau, quand une torpille lancée contre le paquebot par le sous-marin éclata: elle mit le canot en pièces. Le Falaba coula à pic cinq minutes plus tard.

On s'imagine l'horreur de la scène: tous ces hommes, toutes ces femmes, précipités dans la mer démontée!

Il n'est personne au monde, en dehors des Allemands, qui ne se fût efforcé de sauver ces malheureux. Les marins allemands n'en eurent pas l'idée. Bien au contraire! Ils étaient massés sur le pont du sous-marin, regardant, comme un spectacle intéressant, tous ces pauvres gens qui se débattaient dans l'eau et luttaient contre la mort. Alors qu'ils n'avaient qu'à faire un geste pour les sauver, ils riaient de leurs efforts inutiles, ils les insultaient, ils leur crachaient au visage; on assure même qu'ils leur tirèrent des coups de revolver.

Est-il un autre mot que celui d'assassins pour qualifier de pareils hommes?

Cent treize personnes périrent ainsi, dont le capitaine du Falaba, et si les autres n'eurent pas le même sort, si cent trente-neuf personnes y échappèrent, c'est qu'elles furent recueillies par un vapeur de pêche qui, fort heureusement, arriva.

Alors que les canots étaient mis à la mer et que le sous-marin lançait sa torpille, un passager, après avoir aidé au sauvetage des femmes, eut le flegme et la présence d'esprit de prendre des instantanés de l'horrible scène. Ce ne fut qu'au moment où le paquebot allait couler, qu'il remit son appareil dans sa poche, se jeta à la mer et gagna une embarcation.

Un jourral de Londres, le Daily Mirror, a payé les photographies de ce passager 200 livres sterling, soit cinq mille francs.

Ce sont des reproductions de ces photographies accusatrices que nous donnons aux lecteurs de la France Illustrée. Ils y trouveront même les taches qu'a faites l'eau de mer sur les pellicules.

Elles sont plus qu'un document, elles sont un témoignage irrécusable contre la barbarie des Teutons, elles leur crient, devant tout l'univers: Assassins!

C. B.

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