- de la revue 'Lectures Pour Tous' 15 février 1916
- 'Le Général de Castelnau'
Chef d'Etat-Major Géneral de l'Armée
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Il n'y a eu dans la France entière qu'un sentiment d'approbation unanime, lorsqu'on a appris que désormais, aux côtés du général Joffre et désigné par lui, l'un de nos généraux les plus populaires, le glorieux défenseur de Nancy, allait devenir son collaborateur. Dessinons ici cette fière silhouette de soldat, rappelons les étapes dune carrière entièrement consacrée àau service du pays. Tout le monde comprendra la confiance à notre valiante armée, prête à le suivre dun magnifique élan sur le chemin qui mène à la victoire.
Lorsque pour assurer l'unité du commandement, le décret du 2 décembre 1915 eut confié au général Joffre la direction supérieure de nos armées sur tous les fronts, la tâche du vainqueur de la Marne, ainsi étendue, devint telle, qu'il était indispensable de lui adjoindre un de ses lieutenants, comme second.
Ce collaborateur devait posséder à la fois: l'entière confiance du commandant en chef, dont il devenait le bras droit; celle de l'armée française, qu'il allait avoir à diriger sur le théâtre principal des opérations; celle enfin du pays.
Le général de Castelnau réunissait au plus haut degré ces trois conditions. Déjà en 1913, un an avant la guerre, le général Joffre, alors généralissime désigné, l'avait fait investir des hautes fonctions de chef d'état-major général, titre qu'il reprend aujourd'hui. L'armée, qui l'avait vu à l'uvre depuis le début des opérations et toujours aux postes les plus difficiles, appréciait grandement l'ancien chef de la deuxième armée, devenu le commandant du groupe de celles du centre. Quant au pays, il savait qu'en automne 1914, Castelnau avait complètement battu le Kaiser devant Nancy et qu'un an plus tard, en Champagne, il avait infligé à la principale de ses armées un échec retentissant.
Dans ces conditions, l'opinion publique, qu'elle se manifestât aux tranchées, dans la capitale ou en province, ne pouvait que sanctionner un choix aussi heureux et dont on peut dire qu'il s'imposait.
La Jeunesse au Pays Natal
Comme le roussillonnais Joffre et le gascon Galliéni, le général Edouard de Curières de Castelnau est un enfant du midi de la France. Mais nul homme du Nord n'est moins exubérant que ce méridional. Sa physionomie est grave, sévère, presque austère. Petit de taille, large d'épaules, il donne l'impression d'une vigueur à toute épreuve. Sa figure, que l'image a popularisée, est bien connue de tous: le front est large et découvert; les yeux, vifs et pleins de feu, regardent toujours en face; le nez, fortement aquilin, descend d'une façon assez prononcée sur la bouche qu'ombrage une belle moustache blanche; le menton carré et des maxillaires. prononcés disent l'énergie et la force de volonté. L'ensemble du visage respire le calme, la décision, et aussi infiniment dï cur et de bonté.
La maison où il naquit, à Saint-Affrique, est des plus simples. Toute en profondeur, elle se termine par une large terrasse qui domine le lit de la Sorgue. C'est dans cette habitation, bourgeoise bien plutôt que seigneuriale, devant un horizon de montagnes, que s'écoulèrent les premières années du futur général.
La famille de Castelnau vivait modestement. Le père était avocat, profession qui, dans le Midi, où chacun a la langue bien pendue, a rarement enrichi son homme. Outre les parents, deux oncles, frères de la mère; pas mal d'enfants, tradition familiale que le général a entretenue et développée en donnant le jour à douze descendants, composaient cet intérieur patriarcal. Une vieille servante, Manette, à laquelle le général a gardé un fidèle souvenir, constituait le plus clair du personnel domestique.
Les Castelnau sortaient peu et vivaient beaucoup entre eux. Le père fut, durant quelques années, maire de Saint-Affrique. L'éducation de ses fils absorbait presque tous les instants de loisir que pouvaient lui laisser sa profession et ses fonctions municipales. Du reste, il réussit pleinement. Des trois fils de Michel de Castelnau, l'aîné, Clément, entra à l'école Polytechnique et se fit un nom comme ingénieur des mines; le second, Léonce, avocat comme son père, fut député; le troisième enfin, Edouard, devait, en entrant dans la carrière des armes, s'y illustrer.
Respirant à pleins poumons l'air vivifiant du Causse, vivant dans le voisinage du subtil pays gascon, toute cette belle jeunesse se développa à souhait. Au collège Saint-Gabriel, où s'éduquait la future élite aveyronnaise, Edouard se montra, ainsi que ses frères, excellent élève. Il s'y fit aussi bien remarquer par la vigueur de ses jarrets d'acier et de sa poigne de fer. Le jeu de ballon, qui alors ne s'était pas encore fait naturaliser anglais sous le nom de football, constituait son sport favori, avec les longues courses en montagne.
Un Capitaine de Dix-Neuf Ans
En octobre 1869, à dix-huit ans, Edouard de Castelnau, après avoir terminé ses études à Paris, entra à l'école de Saint-Cyr.
Il y achevait sa première année lorsque, le 15 juillet 1870, éclata la guerre franco- allemande. Trois semaines plus tard, le ministre décrétait la promotion anticipée des élèves de première année: le sous-lieutenant. de Castelnau fut ainsi affecté au 31e d'infanterie, alors aux armées. Il n'eut pas le temps de rejoindre son corps: le 31e disparut dans la catastrophe de Sedan (2 septembre), qui précéda de bien peu celle de Metz (fin octobre). Après cette dernière capitulation, il ne restait presque plus rien de l'armée de métier, réduite a quelques faibles bataillons, escadrons et batteries.
Pour prolonger la résistance et tenter de ressaisir la victoire, tout était à improviser, le matériel, les soldats, les chefs même. Le gouvernement de la Défense nationale décréta la formation de nombreux régiments. Il fallait au moins sauver l'honneur des armes, et la France, dans un magnifique sursaut de patriotisme, donna naissance à des armées improvisées qui allaient montrer leur vaillance à l'envahisseur.
Ces armées de la défense nationale qui se substituèrent à celles de l'Empire étaient formées, en grande partie, de régiments de marche, c'est-à-dire d'unités constituées souvent d'éléments disparates, à l'aide de levées hâtives. C'est au 36e, alors en voie d'organisation, que fut envoyé, le 2 octobre, le sous-lieutenant de Castelnau devenu disponible de par la disparition de son régiment d'affectation primitive. Quelques semaines plus tard, il était promu capitaine, à l'âge de dix-neuf ans, moins de deux mois après sa sortie de Saint-Cyr. La pénurie à peu près totale de cadres explique cet avancement ultra-rapide, dont il sut d'ailleurs se montrer entièrement digne sur le champ de bataille.
Le capitaine de dix-neuf ans connut alors de durs débuts. Le 36e entra dans la composition du 16e corps commande par d'Aurelle de Paladines, un des meilleurs généraux qu'eût la France. Sévère, énergique, c'était bien l'homme qui convenait à cette armée de recrues, dont les officiers ne possédaient pas ce prestige, que seul confère à l'épaulette une pleine connaissance du métier due à de longs services. C'est sur la Loire que le jeune de Castelnau reçut le baptême du feu. Ses premiers grands chefs s'appelèrent, avec de Paladines, l'amiral Jauréguiberry et Chanzy. Il ne pouvait se trouver à une meilleure école, et l'exemple de ces grands soldats a certainement exercé sur sa carrière la pliu heureuse influence.
Après avoir d'abord opéré isolément à Torsay le 18 novembre, le régiment se battait le 8 décembre à Chambord; le 9, à Montlivault; le 31, à Vendôme. Suivant les destinées de l'armée de Chanzy, il effectua entièrement cette terrible campagne de l'hiver 1870-71, au cours de laquellenos troupes, alors inaptes à cantonner, car ce mode de stationnement exige une cohésion qui leur manquait, durent bivouaquer le plus souvent et. prescjue toujours dans la neige et par des froids de plusieurs degrés. Janvier se passa en incessants combats. Le capitaine de Castelnau, adjoint au colonel, prit une active part à ceux de Mazangé, du gué du Loir, du fief du Corbeau et enfin, les 11 et12 janvier, à la célèbre et malheureuse bataille du Mans. Chargé de couvrir la retraite du 16e corps, qui avait terriblement souffert durant ces journées sanglantes, le 36e combattait encore le 14 janvier à Chamillé, tirant ainsi les derniers coups de fusil de la campagne de l'Ouest.
Cette dure école de la guerre franco-allemande fut, féconde pour le jeune officier. Elle acheva d'imprimer à sa figure ce caractère de gravité qui la caractérise. Le pays lui doit quelques-uns de ses meilleurs chefs de la grande guerre actuelle. Il ne faut pas oublier en effet, qu'outre Castelnau et Joffre, Galliéni, l'un des héros de Bazeilles, Pau, le glorieux mutilé de Froeschwiller, Maunoury et de Langle de Cary, ces valeureux chefs d'armée, lui doivent un peu de leurs belles qualités militaires. Ils s'y trempèrent fortement pour les tâches futures, si bien que la France récupère aujourd'hui en eux le prix du noble effort qu'elle sembla alors avoir consenti en vain.
A la signature de la paix, le capitaine de Castelnau demeura au 36e et participa avec son régiment à la répression de la Commune.
Le colonel Davout, duc d'Auerstdt, petit-neveu du maréchal et futur grand chancelier de la Légion d'honneur, apprécia grandement le jeune officier, chez lequel il reconnut les plus belles qualités militaires. A ses côtés, Castelnau prit part à la chaude affaire du château de Bécon et pénétra à quelques jours de là dans Paris!
La commission de revision des grades, qui fonctionna à l'issue de la guerre, ne pouvait naturellement conserver au capitaine de moins de vingt ans, la double épaulette reçue quelques semaines seulement après sa sortie de l'école. Du moins, lui tint-elle compte de sa belle conduite au feu, en lui attribuant le grade, de lieutenant avec ancienneté du 14 août 1871. Affecté au 45e à Laon, il était nommé à quelques années de là, en février 1876, capitaine pour la seconde fois, mais dès lors à titre définitif.
Souvenirs de la Division de Fer
Deux ans plus tard, en 1878, il entrait à l'École supérieure de guerre. Il nous est bien impossible de le suivre de grade en grade, d'échelon en échelon, jusqu'à une époque décisive de sa carrière militaire, celle où, colonel en août 1900, il va prendre à Nancy, dans la fameuse division de fer, le commandement du 37e d'infanterie. Ce grade de colonel, de par l'emploi qu'il confère, est, comme on le sait, celui où un chef digne de ce nom peut, en temps de paix, le mieux se mettre en relief.
Le colonel de Castelnau fit du 37e, et de l'avis unanime de tous les Nancéens, le premier régiment d'une garnison qui se vantait à juste titre d'en posséder d'exceptionnels. Ils'y révéla le chef qu'il devait toujours rester. Ceux de ses anciens soldats qui se retrouvèrent sous ses ordres au lendemain de la mobilisation d'août 1914, reconnurent qu'il n'avait point changé. Même attitude. Toujours il se campe, les bras derrière le dos, devant l'interlocuteur qu'il fixe de son regard droit et clair. Éloges et reproches, de sa part, sont toujours mérités. C'est pourquoi son influence personnelle est très grande sur ses subordonnés. A chacun il sait faire rendre le maximum, lui demandant tout ce qu'il peut donner mais rien de plus, et toujours pour le plus grand bien du service. Il a bien réellement et selon l'expression consacrée: la main de fer dans le gant de veloùrs. Possédant l'art d'employer le langage qui convient à chacun, il s'adresse surtout au cur et sait merveilleusement trouver un écho dans celui de ses soldats. Aussi a-t-il obtenu de tous ceux qu'il a commandés des résultats extraordinaires: à Nancy, au beau 37e; à Sedan puis à Soissons, à la tête de sa brigade; plus tard à Chaumont, comme chef d'une division justement réputée par sa capacité manuvrière. C'est dans ce commandement qu'un jour, au cours d'une critique des grandes manuvres, le général Chômer, alors inspecteur d'armée, lui dit devant tout le monde, à propos d'une légère contradiction entre eux: « Ce que vous dites achève de me convaincre. Vous m'êtes d'ailleurs très supérieur. » Parole qui, venant d'un chef à un subordonné, honore autant l'un que l'autre. Il était vraiment populaire parmi ses troupiers qui l'avaient surnommé a « En rrroute ». Il devait ce pseudonyme à sa façon de rouler les rr, quand, se tournant vers son tambour-major, d'un geste large appuyé d'un mouvement caractéristique du menton, il lui lançait d'une voix forte son fameux: « En rrroute! »
Sauveur de la Lorraine
Au commencement de la grande guerre, le général de Castelnau qui, comme chef d'état-majof de l'armée, avait dirigé avec la maestria que l'on .sait sa mobilisation et sa concentration, prit le commandement de l'armée de Lorraine.
C'est à ce titre et dans le secteur qu'il connaissait si bien, qu'il défendit victorieusement Nancy au début de septembre 1914. Le Kaiser s'était alors imposé la conquête de la capitale de la Lorraine, pour pallier son échec devant celle de la France.
« Prendre Nancy ou mourir » fut, durant quelques jours, le mot d'ordre des combattants de la formidable armée qui, sous les yeux de Guillaume II, s'efforça alors de percer les lignes de la défense, dirigée par Castelnau. Après avoir réussi à franchir la Seille, les Allemands, selon leur habitude, se ruèrent en masses compactes à l'assaut de nos positions, celles du Grand Couronné qui couvrent la ville.
Ce fut durant plusieurs jours une lutte épique qui rappelle, par certains côtés, la fameuse bataille des champs Catalauniques, où les combattants s'abordaient en chantant leurs hymnes nationaux. Les Huns modernes attaquèrent aux accents du Deutschland uber alles. Leurs chefs, faisant bon marché de la vie de leurs soldats, les poussèrent en avant avec une inexprimable furie. Certains de nos généraux n'étaient pas sans inquiétude: Castelnau demeurait imperturbablement calme et absolument confiant dans la victoire.
Il savait qu'à la guerre le plus persévérant finit toujours par l'emporter et était bien décidé à montrer la persévérance la plus grande. Le 8 au matin, sentant que les Allemands, qui avaient subi d'effroyables pertes, commençaient à faiblir, il ordonna à son tour le mouvement en avant qui devait tout emporter.
Comme au jour de Valmy, nos soldats chargèrent aux accents sublimes de la Marseillaise. Comme à Valmy, l'ennemi recula. Il était vaincu. La cavalerie de la Garde, que Guillaume pensait déjà faire défiler sur la place Stanislas, s'enfuit en désordre, poursuivie par nos obus. Onques depuis les Allemands ne s'y sont frottés, tant ils y avaient laissé de plumes.
Ce jour-là, l'ancien colonel du 37e, du fameux régiment de Turenne, sauveur de l'Alsace en 1674, mérita certes le glorieux surnom de sauveur de la Lorraine.
Le Chef au Milieu de ses Hommes
Mais si ses soldats l'aimaient pour ses grandes qualités de chef, pour la confiance qu'il répand autour de lui, ils l'adoraient aussi pour la sollicitude qu'il ne cesse d'accorder aux plus humbles d'entre eux. Ainsi, durant l'hiver dernier que tant de nos soldats ont passé nuit et jour dans les tranchées, par des températures qui atteignaient et dépassèrent parfois 10 degrés de froid, nul général ne s'est occupé plus que lui de procurer à ses troupes tout le bien-être compatible avec leur pénible existence. Nulle part la sollicitude éclairée du grand chef ne s'est mieux fait sentir qu'à la 2e armée, où les boissons chaudes distribuées dans les tranchées de première ligne, les braseros établis jusqu'à quelques mètres de l'ennemi vinrent, durant les fortes gelées de janvier, réconforter et réchauffer nos poilus. Sur eux la vigilance incessante du général de Castelnau veillait sans jamais se lasser.
Portant, sur son uniforme, la capote de simple soldat, il allait, à l'improviste, aux lignes avancées, parcourant postes, abris et tranchées, contrôlant l'exécution de ses ordres, vérifiant si les chefs subordonnés apportaient au bien-être de leurs hommes tout le zèle et tout le dévouement désirables. La guerre est un art tout d'exécution, a dit Napoléon. Rien par suite n'y saurait être abandonné au hasard. Le chef, même le plus haut placé, doit sans cesse, pour y réussir, entrer dans le détail, savoir, par suite: voir. Or ce fut toujours un principe chez Castelnau de voir, et de voir autant que possible par ses yeux. A ses officiers d'état-major il ne marchanda jamais les missions les plus périlleuses; lui-même, prêchant d'exemple, se montrait souvent aux endroits les plus exposés. La canne à la main, il parcourt à l'occasion les tranchées de première ligne. Le sang de ses soldats lui importe plus que le sien.
De là sa popularité, sans cesse grandissante parmi les soldats, qui le voient constamment au milieu d'eux. Pour tous il est resté l'ancien colonel du 37e, l'homme du troupier.
On cite à ce propos une savoureuse anecdote. Un jour de l'hiver dernier, le général, vêtu en « poilu », faisait son habituelle tournée dans les tranchées. Arrivé devant un petit homme trapu et velu, véritable type du montagnard, il lui demande: « D'où es- tu, toi? Je suis de..., dans l'Aveyron. Alors, nous sommes pays? » Leur conversation en était là, quand, dans le ciel très pur, passe un Taube. Nos artilleurs l'ont aperçu, la canonnade se déclanche. Le chef d'armée et le soldat suivent, l'un avec sa jumelle et l'autre avec des yeux tout ronds, cette chasse passionnante. Tout à coup l'aéroplane semble atteint. Il oscille un instant, puis va s'abattre au delà de nos tranchées.
« Hé! camarado, l'a vist, es tounbat. » (Hé! camarade, tu l'as vu, il est tombé), dit le fantassin à un de ses voisins aveyronnais comme lui. Et le général de répliquer dans le dialecte natal qui lui est familier: « Nou, s'es paouzat. » (Non, il s'est posé!)
Cette petite scène montre comment Castelnau a su s'acquérir le dévouement absolu de ses hommes. Ils suivraient jusqu'au bout du monde leur vieux général, comme leurs anciens de 1870 auraient accompagné partout leur jeune capitaine.
Succes d'Hier, Victoire de Demain
Cette guerre, où, il joue un rôle si glorieux, a éprouvé Castelnau autant que les plus éprouvés d'entre les Français.La douleur l'a frappé sous sa forme la plus cruelle, la mort de trois de ses fils tombés au champ d'honneur. Mais elle ne put avoir prise sur cette volonté toujours agissante. Ramenant tout à l'unique sentiment du devoir militaire, le général surmonta l'atroce souffrance. La perte de ces enfants qu'il aimait tendrement lui faisait plus sacrée encore la mission de préparer la victoire. Caractère vraiment antique, l'homme du devoir sous sa forme la plus élevée, voilà Castelnau.
Quand, au courant de la campagne d'été 1915, J'offre l'appela au commandement du groupe des armées du centre, laissant l'aile droite à Dubail, l'aile gauche à Foch, ses attributions se trouvèrent singulièrement étendues. Un tiers des armées françaises était dès lors sous sa haute direction.
Nul n'ignore avec quelle minutie, génératrice du succès, le commandant du groupe des armées du centre a préparé la fameuse offensive de Champagne, celle du 25 septembre dernier. Les Allemands y laissèrent plus de 100 000 hommes, 150 000 dit-on, et parmi eux 25000 prisonniers sans blessures. C'est au général de Castelnau, qui en fut l'artisan, que revient en grande partie l'honneur de ce succès. En entamant fortement les lignes allemandes, où nous sommes entrés à la façon d'un coin, il obligea nos adversaires à considérer désormais comme possible cette percée dont leur présomption niait la possibilité.
Sous les ordres d'un tel chef, les soldats de 1916 achèveront l'uvre si magnifiquement commencée par les héros de la Marne et de l'Yser. Sa présence à la tête de nos armées aux côtés du général Joffre est le meilleur gage de la victoire.