- de la revue 'l'Illustration' No. 3786, 25 septembre 1915
- 'Nos Convalescents Musulmans
- à Royan'
- par Myriam Harry
Soldats d'Orient
illustration d'après nature de J. Simont
Nous ne sommes pas allés en Orient cette année; mais l'Orient est venu vers nous. Il est venu dans ce qu'il a de plus touchant et de plus magnifique: ses blessés qui ont combattu pour nous.
C'est à Royan que nous les retrouvons: tirailleurs bleus d'Algérie et de Tunisie; spahis rouges, au turban blond comme le sable de la plage; goumiers au burnous blanc; Marocains, sveltes Marocains aux touffes de cheveux hébreux, à la barbe assyrienne, et dont l'uniforme couleur poil de chameau se confond avec leur visage couleur pain d'épice.
Ils sont bien, ici, entre cette mer si douce qu'elle leur rappelle la Méditerranée et la forêt de pins d'où s'évapore comme d'innombrables cassolettes la chaude et résineuse senteur. Ils pourraient presque se croire chez eux devant les figuiers des jardins et près de ce « oued eacaouettes » bordé de roseaux fous dans lesquels ils se taillent des flûtes bédouines. Ils le peuvent croire tout à fait - du moins pour quelques heures de la journée - dans l'ancien collège, niché à l'entrée du parc, et aménagé pour leur convalescence par le bon docteur B..., musulman comme eux.
Car leur pays est loin, le voyage est difficile, et il semblait qu'on ne pourrait guère les envoyer, comme leurs frères d'armes, achever leur guérison chez eux avant de retourner au front.
Pourtant ils imploraient: Ah! disait un Kabyle, si seulement la plante de mes pieds pouvait toucher le sol natal d'une aube à l'autre, je bondirais comme une gazelle de tranchée en tranchée allemande... »
Et, en effet, lorsque quelques congés furent accordés, d'abord à titre exceptionnel, l'effet fut prodigieux.
Pour chaque blessé qui se montrait dans la tribu, il y eut dix engagements volontaires. On s'était figuré tant de choses pires! On était si sûr qu'aucun des partants ne reviendrait vivant jamais! Et les voilà gras, heureux, fiers, portant des galons et des médailles sur leur veste, dans leur bouche des récits d'héroïsme et dans leur eceur l'amour ému de la France! Et, quand les listes de souscription s'ouvraient dans les caïdats, les familles arabes y portaient leur cruche remplie de douros, et celles qui n'avaient pas de douros offraient un mouton ou une paire de colombes.
Alors on a multiplié les congés de convalescence; mais il faut beaucoup de temps pour qu'arrivent ces billets d'hébergement si compliqués pour les gens de la tente, et tant de lettres se perdent aussi à cause de leur adresse estropiée. (J'assistais l'autre jour à l'expédition d'une dépêche. Elle était adressée à Luey, dans la tribu des Doukhalas, et réclamait de l'argent:
« Hé! hé! pensais-je, quelque aventure romanesque qui manque de délicatesse. » Mais vite, je compris que cette Lucy était tout prosaïquement l'huissier, prononcé à l'arabe.)
Donc, je disais qu'en attendant ces longues formalités les musulmans restent dans les dépôts de convalescence, et je vous assure que le docteur B... fait tout ce qu'il peut pour qu'ils retrouvent un peu de leur patrie en pays étranger.
Aussi l'ancien collège a-t-il pris tout de suite un petit air de caravansérail. Voici d'abord le maghzen bondé de choses de là-bas: de couscous, de pois chiches, de figues, de dattes, de tabac d'Orient, de chapelets, de piments et même de primitifs instruments de musique, bendir, gasba, galal. Et, voici, installé dans un coin du préau, le café maure avec ses banquettes, ses nattes, son fourneau, ses groupes pittoresques assis ou accroupis autour de jeux de dominos ou de cartes, cependant qu'à l'écart un jeune tirailleur - ancien berger sans doute - module sur sa flûte une de ces ritournelles aigres, hachées, et si indi-ciblement nostalgiques. Dans la cour, parsemées de-ci de-là, des formes dorment roulées dans la djelaba natale qui leur donne des tournures de manchots.
Notre arrivée n'a rien troublé. Ici, le toubib, malgré son galon d'officier, est un ami. Le cafetier seulement délaisse les tomates qu'il coupait pour une chouk-chouka, et nous apporte le breuvage traditionnel que désormais, hélas! l'Orient lui-même n'appellera plus que li-ji. C'est un spahi de Gabès (par Allah! nous le reconnaissons!), un spahi de l'oasis de Chenini - ah! le calembour des jeunes lieutenants!... où sont-ils maintenant les impatients guerriers?... ont-ils atteint leur rêve? - qui a fréquenté l'hôtel des Lotophages et connu l'illustre Bonaventure.
Comme cette Afrique si lointaine déjà dans notre mémoire s'est subitement rapprochée de nous!... Et voilà d'autres Tunisiens qui reviennent de la promenade, - nous les distinguons à leurs tatouages, - voilà, avec une étoile sur le front et une autre sur la joue droite, les Kroumirs de Soukelarba et Ain Draham, la Fontaine d'Argent; avec une croix entre les deux yeux, ceux des régions sahariennes, de Tozeur la désertique, de Nef ta la suspendue; et voici un troglodyte des Matmatas qui nous affirme que « li tranchi c'est kif-kif son pays ».
Du fourneau à côté de nous se dégage aussi une étrange et pourtant familière odeur, et nous voyons un grand diable noir à l'angélique sourire remuer dans une casserole une pâte épaisse et verte, pendant que des soldats viennent s'accroupir autour de lui et humer l'arôme, narines écarquillées et face béate.
- Qu'est-ce donc?
- C'est du henné, dit le toubib en riant. Que voulez-vous ? je respecte leurs superstitions. Avant de partir pour le front ils se font appliquer une main de fatma au henné dans le creux de leur paume droite. Cela les préserve du mauvais il et des balles boches. Et tenez ! regardez ce gaillard qui cuit la pâte et y croit le premier! C'est tout un personnage, un héros presque. D'ailleurs, vous voyez, il a la croix de guerre. Désarmé dans un combat à la baïonnette, il se trouve devant un officier allemand; il lui saute dessus, lui arrache le nez avec les dents, lui barbouille les yeux de sang et le tue avec son propre revolver. Mais on le fait prisonnier et on l'oblige à travailler dans les tranchées ennemies. Une nuit il se traîne près de la sentinelle, l'étrangle de ses mains et s'évade nu et le corps enduit de graisse en rampant comme un serpent. Il arrive à un camp anglais où on le prend pour un espion et le veut fusiller. Mais lui de crier: - Moi Francis. - Tu es trop noir pour être Français, répond un Tommy; que sais-tu de la France ? - Moi connaître Paris, moi connaître « vive la France » et « Marsouillaise. » Alors on lui donne un kilt d'Ecossais et on le renvoie chez les tirailleurs, où il continue à embrocher des « Bouches » jusqu'à ce qu'un obus lui fracasse la cuisse et lui raccourcisse la jambe de 9 centimètres. Voyez comme il boite! Mais cela lui est bien égal, et il demande à retourner au front.
- Seulement, dis-je, il ne voudrait pas y aller s'il n'avait une main de henné dans le creux de sa patte... Et ceux-là, assis sur la natte et qui jouent aux cartes avec une si grave frénésie?
- Ce sont des Marocains. Le type diffère. Ils ont le teint plus foncé; point de tatouages, mais, de chaque côté de la tempe, cette touffe de cheveux qui leur donne un air sémite, ne trouvez-yous pas?
- Oui, ou encore l'air d'un chevreau folâtre, ce qui contraste avec la douce sévérité de leur visage et leur collier de barbe noire... Mais cet imberbe aux grands yeux d'Andalouse?
- C'est Rabbat... Rabbat! viens ici!... C'est le fils du caïd de Marrakech, un engagé volontaire, naturellement, comme tous les Marocains il n'a que dix-sept ans et il a déjà été blessé à deux reprises.
- On dirait une jeune fille avec ses boucles d'oreilles!
- Oui, et c'est précisément pour « tricher » avec le destin et le faire passer pour une fille que sa mère a dû les lui mettre, alors qu'il était tout petit. C'est l'usage pour les fils uniques.
Nous l'examinons. Qu'il est fin et fier, cet adolescent guerrier avec ses anneaux d'or sous ses mèches de dieu panique ! Et je songe à sa mère, enfermée dans le harem de Marrakech, et qui pleure l'absence de son unique fils. Mon Dieu! est-ce que les boucles d'oreilles suffiront pour tromper les balles prussiennes? Hélas! les balles prussiennes n'épargnent pas les jeunes filles!... Mais qu'est-ce qui a poussé ce fils de eaïd à venir combattre pour nous?
- C'est fréquent, me dit le docteur, parmi les familles de grande tente où la bravoure et la magnanimité sont des vertus héréditaires. Les meilleurs effectifs musulmans viennent du Maroc, et ce sont justement ces derniers venus, ceux dont on s'est le plus méfié, qui donnent à la France la plus belle preuve de loyalisme et d'attachement. Si vous saviez comme les races islamiques sont sensibles à la bonté et à la générosité du cur! Et, par bonheur, ces vaincus d'hier n'ont pas eu encore à souffrir des tracasseries et des humiliations que certains arabophobes importent dans les colonies africaines. Pas un de ceux-là ne doute de la victoire de la France, et ils préféreraient mourir plutôt que de passer aux mains des Allemands dont ils devinent d'instinct, eux les chevaleresques, la profonde muflerie. Interrogez-les ! vous verrez comme ils aiment la France. Mais ce qu'ils admirent encore plus que la France, ce sont les femmes françaises! Pas un qui n'ait été soigné par elles, qui n'ait connu leur charitable douceur, et la femme française sera pour beaucoup dans le pacte sacré qui reliera l'Orient à l'Occident !
» Chez nous, ici, au collège, ils ont une vénération pour leur fourmlia (infirmière). C'est la femme d'une général sur le front qui fut colonel aux tirailleurs algériens. C'est elle qui a soigné tout cet hiver les contaminés, les typhiques, les galeux, les teigneux, les tuberculeux. Un pareil dévouement venant de la femme de leur chef transporte et stupéfie ces humbles soldats, et, souvent, on les entend soupirer: « Mon Dieu le très haut! comment as-tu pu introduire un cur aussi vaste dans un si faible corps de femme? » Et, avant de repartir à la guerre, ils jurent tous» à « madame Grénénarfourmlia » que, le premier « Bouche » qu'ils tueront, ce sera en son honneur et en remerciements de ses soins... Mais voulez-vous que nous montions? Je n'hospitalise plus beaucoup de malades, mais je voudrais vous montrer mon aveugle, et un marabout qui vous intéressera...
L'aveugle est assis sur son lit, la tête penchée en avant comme aux écoutes, et, quand nous approchons, il tourne lentement sa face vers nous. C'est encore un Marocain; nous le reconnaissons aux houppes soyeuses de ses cheveux piqués comme deux bouquets noirs de chaque côté de son crâne rasé. Et entre ces mèches s'ouvrent, sous un beau front lisse, de purs et d'admirables yeux d'agate.
Et pourtant il est aveugle, il ne nous voit pas. Mais, d'une douce voix plaintive, il nous raconte sa douloureuse odyssée: comment il est parti de Mazagan comme tringlot, avec ses mules et son araba, pour faire le ravitaillement des tranchées; comment il allait et venait du front à l'arrière, tandis qu'autour de lui tombait la mitraille. Une nuit il lui fallait monter dans un grenier pour chercher des sacs de farine. L'échelle s'est cassée sous lui et il est resté évanoui dans la neige jusqu'au matin en perdant son sang par le nez et les oreilles. Quand on l'a transporté à l'ambulance il ne voyait plus très bien ; mais, ô miracle! la fourmlia qui s'y trouvait lui parlait en arabe ; elle lui racontait qu'elle avait déjà soigné des blessés au Maroc, et il ne souffrait pas trop de son infirmité.
C'est seulement quand il partit de là pour un autre hôpital, où personne ne savait ni son pays ni sa langue, que l'obscurité complète se fit dans ses yeux et dans son cur.
- O Père Créateur! soupire-t-il avec sa charmante voix mélodieuse, je ne sais quel péché j'ai commis pour mériter un pareil châtiment! Peut-être ai-je à mon insu offensé un de nos grands saints, peut-être est-ce parce que je n'ai pas fait mes prières, ni emporté de chapelet à la guerre.
Un chapelet! justement j'en porte un en guise de bracelet, et il me vient d'un marabout vénéré.
L'idée qu'une dame française enroule autour de son poignet un chapelet musulman le fait rire de joie, d'un petit rire enfantin qui agite ses touffes de chevreau et fait briller des dents de loup. Puis, serrant le chapelet entre ses deux mains, il le porte à ses lèvres et embrasse grain après grain, tout en comptant leur nombre pour être bien sûr que c'est là un authentique rosaire maraboutique.
Et quand nous lui demandons ce qu'il voudrait encore, il nous dit qu'il aimerait avoir un petit violon de chez lui, une camandja, car, puisque ses yeux ne peuvent plus voir, il voudrait, par la musique, évoquer le pays.
Maintenant nous sommes au lit de Bechaoui, le marabout-sorcier-poète des hauts plateaux oranais, qui a quitté sa zaouïa et le tombeau de ses pères pour s'engager, « de par son âme » (volontairement), comme tirailleur. Mais il n'a pas oublié d'emporter son livre de sorcellerie, ni son écritoire, ni son chapelet, ni même une pincée de safran et un pain d'encens, jetés pêle-mêle dans sa musette de soldat avec son quart, une paire de molletières et son couteau de l'armée suisse. Quand nous sommes entrés chez lui - on l'a isolé à cause de ses poumons dans une petite chambre claire et gaie - il était justement en train de copier, pour un camarade qui doit repartir au front, une formule talismanique, et il nous explique que c'est grâce à son vieux grimoire que les « marmitates » (pluriel arabe de marmite) sont tombées autour de lui sans jamais l'atteindre, durant huit mois de campagne devant Arras, Soissons, Suippes et d'autres villes encore dont nous n'arrivons pas à comprendre la prononciation. (Mon Dieu! quelle géographie extraordinaire cette guerre va-t-elle répandre parmi les Arabes!) Et, certes, Bechaoui serait encore invulnérable si une nuit de printemps glacial ne s'était abattue sur sa poitrine.
- Et pourquoi, lui dis-je, es-tu venu guerroyer pour nous, toi un homme religieux ?
Cette question le scandalise. Il relève sa tête enveloppée d'un grand turban bleu et, jetant en avant ses bras squelettiques :
- Parce que la France est notre mère! Si on insulte une mère, est-ce que ses fils ne doivent pas accourir pour la défendre?
- Et que penses-tu de la guerre?
- C'est une guerre de tombeau, mais la justice en est ressuscitée pour nous! Maintenant les Français et les Arabes sont égaux. On ne nous appelle déjà plus des bicots, on nous appelle des sidis. Le sang du vaincu a eoulé uni avec le sang du vainqueur. Aujourd'hui nous sommes véritablement vos frères, et c'est pour cela que cette guerre sera une guerre bénie entre toutes parmi les peuples arabes.
Un nouveau personnage, en ce moment, entrebâille la porte. C'est le jeune pâtre qui jouait en bas de la flûte.
- Entre! dit le toubib. Puis à nous:
- C'est la seule distraction de Bechaoui; quand il n'écrit pas des talismans, il écoute la flûte... Va! joue!
Le pâtre s'installe sur une chaise et tire de dessous sa veste un bout de roseau, d'où s'envolent aussitôt les petites voix fines, fines, plaintives, sautillantes, éternellement reprises, que le pauvre marabout écoute les yeux fermés derrière ses lunettes noires.
Que voit-il passer en rêve? Voit-il ses solitudes et ses sables, et son gourbi qui fume dans le soir, et le troupeau de chèvres qui descend de la colline, la toison brûlante de soleil et toute parfumée de thym sauvage?
Songe-t-il aussi à tout ce qui le sépare de son pays? Songe-t-il que peut-être, malgré son livre de sorcellerie et ses formules magiques, ses pieds ne fouleront plus la terre islamique, qu'il ne verra plus la zaouïa de ses ancêtres?
L'émotion est trop douce, trop douloureuse; secoué de sanglots, Bechaoui ramène sur lui son drap; et, ainsi, comme enveloppé d'un linceul, le corps décharné a l'air d'attendre la civière qui l'emportera, la tête la première, vers les éternels jardins d'Allah.
Tout émus, nous aussi, nous sortons de la chambre du marabout-soldat.
- Avez-vous, du moins, un iman ici? demandons-nous au docteur.
- Non, nous n'avons pas besoin d'iman. D'abord vous savez que nous n'avons pas de prêtres sacerdotaux comme vous, et on a attaché en France une importance aux rites mortuaires qui vous honore, mais que nous jugeons inutile. Car il est dit dans le Koran: « Celui qui meurt sur un champ de bataille va tout droit au Paradis. »
Nous redescendons dans la cour. Maintenant une centaine de soldats musulmans s'y reposent en s'y agitant par groupes. Au café maure le spahi de Gabès fait cuire sa rouge chouk-chouha, tandis qu'à côté, des tirailleurs algériens tapent Sur les tambourins, soufflent dans des fifres et qu'un beau Kabyle, une fleur à l'oreille et la galala en bandoulière, danse le pas martial, avançant et reculant en cadence, la tête fièrement rejetée en arrière, et le sourire aux lèvres, comme s'il voyait, là-haut, à des moucharabiés imaginaires, les belles invisibles qui l'acclamaient naguère de leurs youyoutements effrénés.
Ailleurs, deux Marocains se livrent au duel à la canne. Ils sont merveilleux d'adresse et de souplesse, bondissant comme de jeunes chats ou rampant comme de prudentes hyènes.
Cette gaieté et ces agitations ne parviennent pourtant point à troubler un soldat qui, dans un coin de la cour, sous un acacia, procède tranquillement aux ablutions rituelles, puis à la prière. C'est, paraît-il, un maître d'école tunisien d'El Djem, la ville du grand Colisée romain.
- Et vous autres, dis-je au spahi de Gabès et à Rabbat aux boucles d'oreilles, pourquoi ne faites-vous pas comme lui? Pourquoi est-il le seul à se prosterner?
Le spahi me montre sa jambe: il ne peut pas plier le genou. Le fils unique du caïd de Marrakech ne peut pas lever le bras. « Pour prier, me disent-ils, il ne faut pas être ankylosé. Mais d'ailleurs à quoi bon prier, puisque nos blessures sont de perpétuelles prières?... »
Nous quittons à regret le caravansérail. Dehors, le long de la plage il fait doux et beau comme au temps d'Afrique. Assis sur le quai, un Maroeain solitaire joue de sa flûte bédouine. Au loin Royan est blanche comme une ville sarrasine, et la mer, immobile dans sa couche, resplendit comme un grand croissant de lune dont le phare du Cordouan serait l'étoile.
Et l'âme de l'Islam s'unit au soir de France.
Myriam Harry