- de la revue 'l'Illustration' No. 3749 de 3 janvier 1915
- 'Deux Petits-Fils de Garibaldi
- Morts pour la France'
- par Robert Vaucher
![]()
Lettre de Notre Correspondant
voir aussi - La Mort de Bruno Garibaldi
Au moment où notre correspondant nous adressait ces quelques lignes, on ignorait, à Rome, qu'un frère de Bruno Garibaldi, ladjudant-chef Constantin, était à son tour tombé au champ d'honneur, en Argonne.
Rome, 3 janvier 1915
Pendant que les bersagiiers débarquaient à Vallona et plantaient définitivement sur la rive albanaise de l'Adriatique b drapeau de la maison de Savoie, les volontaires italiens, sous ls commandement du colonel Peppino Garibaldi, recevaient en Argonne le baptême du feu. Dans toute l'Italie, on a accueilli avec fierté les récits du combat où quarante garibaldiens, le lieutenant Bruno Garibaldi à leur tête, donnèrent leur vie pour la France.
Le général Ricciotti Garibaldi qui, actuellement, a six fils combattant en France, a reçu de toutes parts des témoignages de sympathie à l'occasion de la mort héroïque de son fils Bruno. Dans de nombreuses villes de la Péninsule, des manifestations ont été organisées. A Rome, cet après-midi, à 3 heures, un cortège de près de 3.000 manifestants, avec une cinquantaine de drapeaux, se rendit de la Piazza Cairoli au Janicule, où se dresse la statue de Garibaldi. En tête du cortège marchaient de vieux garibaldiens qui firent la campagne de 1870-1871; tous portaient l'uniforme traditionnel: la casquette, la blouse de drap rouge et le grand foulard; beaucoup avaient sur la poitrine les médailles militaires italienne ou française.
Sur le monument, autour duquel se pressait une foule de plus de 10.000 personnes, les porte-drapeau se groupèrent après avoir déposé des couronnes dont les rubans crêpés portaient des inscriptions. Le journaliste Mario Ravasini dit un suprême adieu aux Italiens morts pour le triomphe de la civilisation latine.
On croyait la manifestation terminée et on allait se séparer, quand tout à coup éclata ia Marseillaise jouée par la fanfare de Borgo Prati. Ce fut un moment émouvant. Tous les drapeaux s'inclinèrent et les cris de: « Vive la France! Vive Garibaldi! » retentirent de toutes parts.
Je regrette que M. de Buelow n'ait pas entendu de « Villa Malta » cette foule applaudissant la France. Il aurait certainement pu se convaincre de l'inutilité de ses efforts et il se serait rendu compte que la solidarité latine n'est pas un vain mot.
Robert Vaucher