- de la revue 'Lecture Pour Tous' de 1er mai 1915
- 'La Guerre Sous Terre'
Sur le Front - 1915
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De même qu'elle se poursuit dans les airs et sous les eaux, la guerre d'aujourd'hui chemine sous terre. Sapes, fourneaux de ruines, entonnoirs... il n'est presque pas de jour où ces mets ne reviennent dans les communiqués. C'est à nos soldats du génie qu'incombe cette partie si importante des opérations. On ne saurait trop mettre en relief le rôle joué par cette arme, qui nous a déjà rendu et nous rendra de plus en plus des services considérables.
Les luttes acharnées que soutiennent nos troupes sur tous les points du front, dans le Nord, en Champagne, en Argonne, en Alsace, partout enfin, mettent en lumière le rôle joué par l'une des armes qui se sont le plus signalées dans cette guerre: le génie.
Ce sont nos vaillants sapeurs qui creusent les « sapes », installent les fourneaux de mine et y mettent le feu, provoquant ainsi l'explosion, le bouleversement des tranchées ennemies, et ces « entonnoirs » dans lesquels vont se précipiter nos soldats pour les occuper et en défendre désormais l'approche.
Le 12 février dernier, dans la région de Perthes, en Champagne, où se livrent chaque jour de furieux combats, l'ordre d'attaquer est donné. L'artillerie commence à cracher sa mitraille. Après une heure de bombardement, les hommes qui se pressent dans les « boyaux » d'avant, tout prêts à s'élancer, voient la terre se soulever, projetant en l'air, en même temps qu'une épaisse colonne, de fumée, des débris de boisages, des armes, des soldats ennemis. La mine a fait explosion en six endroits différents. La tranchée allemande n'est plus qu'un long fossé, une succession de trous énormes - les entonnoirs profonds de cinq à six mètres, larges de huit à dix, souvent beaucoup plus. Nos soldats se précipitent, prennent position dans les entonnoirs. D'autres ont envahi ce qui reste de la tranchée. Nos sapeurs ne sont pas restés inactifs: la pelle en avant, ils ont attaqué le terrain qui sépare la tranchée bouleversée de nos boyaux d'avant. Vite, ils creusent; les pelles s'abaissent et se relèvent; en un clin d'oeil, la communication est établie. Désormais, nous sommes maîtres de la position.
Tout ce travail s'effectue sous une pluie terrible d'obus. Soldats du génie, comme tous ceux qui combattent avec eux, restent impassibles.
Tout un Arsenal Portatif
Nos tranchées, les boyaux de communication qui les relient, les galeries de mines creusées sous terre pour la préparation des fourneaux d'explosion, sont autant de sapes. Les deux outils principaux du sapeur celui qui creuse les sapes sont la pelle et la pioche, auxquelles viennent se joindre la hache, le pic, la scie et les cisailles.
Qui ne se rappelle, ou n'a admiré en images, les majestueux sapeurs d'autrefois à la barbe de fleuve, le tablier de peau blanc serré à la ceinture, la hache portée fièrement sur l'épaule! Ces sapeurs, qui faisaient la joie des enfants, aux jours de revue ou de promenade sur nos boulevards, ont cédé la place aux alertes sapeurs d'aujourd'hui. Ils n'étaient du reste que la représentation décorative du savant et courageux corps du génie, dont les exploits ont illustré de tout temps les sièges célèbres, où la sape, comme à Sébastopol, comme sur les champs de bataille de la guerre russo-japonaise de 1904-05, fut en honneur.
La pelle et la pioche du sapeur servent pour creuser les sapes dans la terre meuble. Le pic brise les terrains résistants. La hache ouvre le chemin aux troupes qui attaqueront un bois épais. La cisaille est, à côté de multiples services, indiquée pour couper les fils, barbelés tendus sur les piquets aux approches des tranchées.
Ces instruments primitifs ne sont pas les seuls outils du sapeur. En effet, le rôle du génie ne se borne pas à creuser la terre. Le sapeur détruit les voies ferrées et les remet en état; il installe la télégraphie militaire; il fait fonctionner les projecteurs qui éclairent les troupes et balayent le terrain du combat de leurs faisceaux lumineux. C'est encore lui qui construit les ponts permettant aux troupes de passer les rivières; il répare ceux que l'ennemi a fait sauter pour couper les communications. Il lui faut emporter la provision d'explosifs poudre, mélinite, cheddite, dynamite qui, placée au bon endroit, défoncera la tranchée ennemie, fera sauter une maison, jettera un mur, coupera un arbre à sa base. Il nest guère de « communiqué » qui ne mentionne quelque exploit des sapeurs: sapes, explosions, entonnoirs sont des mots qui reviennent à chaque page dans le livre de gloire quécrivent au jour nos soldats, depuis quils combattent.
Dans le Mystère des Sapes
Suivons nos sapeurs, pas à pas, depuis leur premier coup de pioche jusqu'au moment où ils chargent le fourneau de mine. Leur travail, est-il besoin de le dire? doit se poursuivre dans le plus profond secret. L'ennemi vient-il à être averti, par un signe quelconque, de leur marche souterraine, il se hâtera de se mettre sur ses gardes, en creusant lui-même une galerie, à la rencontre des assaillants.
Nos sapeurs, pour atteindre la tranchée adverse, à une centaine de mètres en avant, parfois moins, passent sous tout le système de défense boyaux, fils barbelés, trous de loup organisé dans le sol extérieur, où gisent souvent les cadavres qu'il n'a pas été possible d'aller chercher. Les voici à l'extrémité avancée de l'un des boyaux de liaison. Il s'agit, pour eux, de franchir, sous terre, la distance entre notre poste le plus avancé et la tranchée ennemie. Ils commencent par creuser un puits, de cinq ou six mètres de profondeur. C'est du fond de ce puits qu'ils vont s'avancer en galerie. Tout d'abord, ils creusent, en pente douce, un premier et assez large rameau, de 1 m. 20 de largeur à peu près. La terre est sortie dans des paniers jusqu'à l'embouchure. Ils creusent ainsi jusqu'à ce que le rameau souterrain ait atteint environ la moitié de la distance qui les sépare de la tranchée ennemie. L'officier dirige le travail confié à deux hommes. Quand ce premier rameau est terminé, on n'est plus si la distancé entre les deux tranchées est, par exemple, de soixante mètres qu'à trente mètres de l'adversaire. L'officier a décidé de poser, sous la tranchée ennemie, quatre fourneaux de mine. Du point où l'on est arrivé, on creuse deux autres galeries divergentes, plus étroites (80 centimètres), plus basses, toujours en pente douce, l'une se dirigeant à gauche, l'autre à droite, comme deux bras écartés. On arrête, à une vingtaine de mètres en avant, ces deux galeries, d'où partent, pour chacune des extrémités, deux rameaux, les derniers, qui aboutiront à une distance très courte de la tranchée ennemie.
Le creusement de ces quatre galeries est une opération difficile, le sapeur le seul qui y travaille devant creuser, à demi replié sur lui-même, accroupi, sur le dos, comme il peut. Il est là, comme enfoui dans un tombeau, éclairé par une petite lampe, rejetant derrière lui la terre détachée par son pin. Enfin, il est arrivé! L'officier vérifie la distance. On est bien à deux mètres, trois mètres de l'ennemi. Le sapeur laisse son pic; il prend la barre à mine une longue barre d'acier terminée à l'avant par un tranchant il la fixe sur la paroi extrême, lui imprime un mouvement de torsion, en tire-bouchon, et arrive ainsi juste au-dessous de l'ouvrage qu'il s'agit de faire sauter. Il n'y a plus qu'à poser la charge. On élargira, à cet effet, par l'explosion d'une ou plusieurs cartouches de dynamite, le fond de cette petite galerie avancée, de manière à obtenir une cavité suffisante. On peut aussi creuser une dernière galerie, perpendiculaire à celle qui aboutit sous la tranchée et à lextremitéinstaller la chambre qui recevra l'explosif. Vues dans leur ensemble, les galeries souterraines creusées par nos sapeurs figurent assez exactement un arbre couché sur le sol, dont le tronc, partant de nos positions, porterait d'énormes rameaux, s'avançant jusqu'aux ouvrages de l'adversaire.
Tragiques Rencontres dans la Nuit
Tout ce travail s'exécute en silence. Le sapeur amortit, autant que cela lui est possible, les coups de sa pioche. II travaille, l'oreille au guet. Il ne voit rien, mais il peut entendre quelque chose. Il ne sait pas si, quelque part, non loin de lui, un autre sapeur, un sapeur ennemi, ne travaille pas, lui aussi, n'avance pas fers nos positions, tout droit sur lui peut-être. Nombreux sont les exemples de ces rencontres dans la nuit souterraine. En voici que nous empruntons à l'histoire des dernières guerres écoles de la guerre d'aujourd'hui.
Pendant l'hiver 1904-05, Ies troupes russes et japonaises, immobilisées sur les rives du Chaho, se trouvaient presque en contact. Leurs avant-postes n'étaient séparés, que par une centaine de mètres. Les Russes occupaient le fort de Voskresen, les Japonais occupaient le temple de Lichinpou. Les deux adversaires creusaient des sapes souterraines. Les Russes pouvaient voir, de leur point fortifié, les Japonais accumuler, autour du temple, les terres sorties des galeries souterraines. Les sapeurs russes entendaient distinctement les coups de pic des sapeurs japonais. Dans la nuit du 27 au 28 février, les sapeurs adverses étaient si près les uns des autres qu'un coup de barre à mine japonais traversa la paroi de terre qui les séparait. La barre à mine avait fait irruption en pleine galerie russe. Un sous-officier voulut la saisir, mais elle disparut, fortement tirée de l'autre côté. Le capitaine russe fit immédiatement placer des fourneaux de mine, dont l'explosion détruisit l'obstacle qui séparait les deux adversaires. Les Japonais abandonnèrent leurs travaux.
En février 1885, les pirates chinois qui assiégeaient la citadelle de Tuyen-Quan creusaient des gàleries en vue d'atteindre le fort et d'y pratiquer une brèche. Le fort ne possédait pas de poudre. La petite garnison française, 600 hommes, ne comptait que 8 sapeurs du génie, commandés par le sergent Bobillot. Malgré le manque de poudre, on décida de creuser des galeries à la rencontre de l'ennemi, fût-ce seulement pour l'empêcher d'avancer. Le 11 février, à 8 h. 30 du matin, l'ennemi travaillait dans la galerie no 2, en même temps que nous travaillions dans une galerie voisine, quand le légionnaire Maury, donnant un coup de pioche dans la paroi, se trouva face à face avec un pirate chinois. Celui-ci déchargea son revolver sur le légionnaire. Les Chinois, découverts, abandonnèrent leur sape. Peu de jours après, le sergent Bobillot, qui avait été l'âme de la résistance souterraine de Tuyen- Quan, était blessé grièvement et s'en allait mourir à l'hôpital d'Hanoï, après la délivrance du fort par nos colonnes de secours. On lui a élevé, à Paris, une statue qui immortalise sa belle conduite.
Comme une Explosion Volcanique
La sape est terminée. L'heure de l'explosion est arrivée. Les quatre fourneaux de mine sont chargés. Chaque fourneau a reçu cinquante, cent kilos, quelquefois davantage, de dynamite ou de mélinite. On sait d'avance les désastres qu'ils causeront à l'ennemi. Tout a été soigneusement repéré. Tel fourneau fera sauter en l'air cet abri de mitrailleuses dont, tout à l'heure, on entendait le tac-tac-tac mortel. Vingt mètres à gauche, c'est là que sont les jeteurs de grenades; ce sera leur tour d'être écrasés. A droite, un troisième fourneau détruira la chambre où sont accumulées les munitions.
L'emplacement des excavations que produira l'explosion les entonnoirs est également prévu. C'est vers ces excavations que nos soldats vont courir. Ils sont là, prêts à se ruer baïonnette en avant, et à sauter dans l'entonnoir, dont il ne sera pas facile de les déloger. La série des entonnoirs une fois occupée, c'est la ligne de tranchées tout entière qui est entre nos mains.
Pendant que nos soldats s'apprêtent, les sapeurs mettent la dernière main à l'ouvrage. Ils « amorcent » les charges explosives. L'explosion sera provoquée, après bourrage, par une mèche ou cordeau Bickford, ou par l'étincelle électrique provoquée par un petit exploseur placé dans nos tranchées.
L'opération du « bourrage » est indispensable. Bourrer une charge de dynamite ou de mélinite, c'est, comme l'expression l'indique, boucher la galerie, la bourrer, très fortement, d'habitude avec des sacs à terre pressés les uns contre les autres, sur une assez longue distance, de telle façon que les gaz de l'explosion, trouvant une résistance, ne se perdent pas à « souffler » inutilement dans la galerie et gardent leur colossal effort pour soulever, à la façon d'un volcan, les terres accumulées au- dessus d'elle. Car c'est bien un véritable volcan qui va lancer en l'air, avec ses flammes et sa fumée les six, huit, ou dix mètres d'épaisseur de sol. Terres, boisages; armes, hommes, tout saute.
Impressions des Rescapés
Nous avons rencontré récemment un de nos soldats, retiré, sain et sauf, d'un entonnoir formé par une mine allemande. « Un vrai tremblement de terre en petit, nous disait-il. Tout à coup, on sent le sol trembler, on le voit s'ouvrir, on est projeté en l'air, on retombe, on est enseveli. Je croyais bien que j'étais là pour longtemps. Fort heureusement, l'entonnoir nous resta. Aussitôt pris, aussitôt repris. Je n'étais enterré qu'à demi. On m'arracha de mon cercueil. »
Les communiqués officiels récents nous apprenaient que les Allemands avaient fait sauter une de nos tranchées, à la ferme d'Alger, qui se trouve près du fort de la Pompelle, à sept kilomètres environ au sud-est de Reims. Le capitaine qui commandait la compagnie ainsi surprise a fait depuis un récit de l'explosion.
« Il était quatre heures et demie du matin, raconte l'officier, la lune n'était pas encore couchée. J'écrivais, assis dans mon petit abri, quand, subitement, j'eus l'impression d'une secousse volcanique. Ma bougie s'éteint. Je suis violemment renversé, couvert de terre. A demi-asphyxié, je me traîne jusqu'à l'entrée et je parviens à sortir. Pas de doute, l'ennemi a fait sauter nos tranchées. Je me précipite en avant. Mes tirailleurs, malgré l'épouvantable désastre, pour une quarantaine d'entre eux ont été engloutis sont restés à leur poste. Les Allemands se précipitent pour occuper l'entonnoir. Ils sont reçus par une salve nourrie. Ils fuient honteusement. Une partie de la ligne a été préservée; elle apporte du secours à mes hommes. L'explosion s'est produite cinq minutes après que je venais de passer à ce point. Dans un abri voisin du mien, mes agents de liaison ont été enterrés; il a fallu une heure et demie pour les dégager.
Après lexplosion, il se forma un cratère de 40 mètres de largeur sur 15 mètres de profondeur. L'ennemi nous avait tué ou blessé 80 hommes, mais il n'avait pu occuper la tranchée. »
Le capitaine fut mis à l'ordre du jour dans des termes particulièrement élogieux: « L'explosion d'un puissant fourneau de mine ayant bouleversé les tranchées occupées par deux de ses sections, s'est, malgré les pertes importantes subies, maintenu sur la brèche, a ensuite courageusement fait face à l'attaque d'une infanterie supérieure en nombre, qu'il a contribué à repousser par une contre- attaque à la baïonnette énergiquement menée. »
De Retentissants Camouflets
Voici mafntenant un fait d'armes qui se développe à la cote 200, près de Perthes en Champagne. Le génie, travaillant nuit et jour, avait établi des sapes de 50 mètres de longueur à 12 mètres au-dessous du sol. Chaque point d'explosion avait reçu une forte charge d'explosif. A neuf heures, après un bombardement intense, on fait jouer les mines. L'explosion produit des résultats terrifiants. Un caporal est tué net, à 150 mètres des mines, par un bouclier de la tranchée allemande. Les entonnoirs, formidables, sont occupés sans coup férir par nos soldats. Les Allemands ayant abandonné les boyaux arrière, nous atteignons les tranchées ennemies de deuxième ligne.
Dans ces bois de lArgonne, aujourd'hui légendaires, qui voient se dérouler de si glorieux combats, les tranchées françaises et allemandes sont si proches qu'on s'y bat à coups de grenades à main et de bombes. parfois au moyen de cartouches reliées ensemble par une corde. La sape y est en honneur. Elle permet seule de gagner du terrain, évitant ainsi les terribles sacrifices d'hommes qui marquent chacune de nos vaillantes attaques. Sapes et contre-sapes se croisent et se rencontrent, Cest à qui fera sauter le premier la sape de l'adversaire, en détruisant par une explosion une de ses parois suivant l'expression adoptée: en la « camouflant ». Celui qui parvient à démolir la sape ennemie, donne à l'adversaire un camouflet. En mars dernier, nous avions prépare sept fourneaux de mine contre les tranchées allemandes des Courtes-Chausses. Depuis quelques jours, nos sapeurs entendaient le bruit encore confus de la sape ennemie. Un matin, on perçut distinctement la voix du pionnier ennemi, qui chantait. On entendit le sous-officier allemand se plaindre de la lenteur de l'avance. On résolut de placer sans retard le fourneau. Le bourrage était à peine achevé que les Allemands détruisaient, « camouflaient » notre sape. Un de nos officiers vint reconnaître les résultats de l'explosion. Notre mine, chargée à la cheddite, était intacte. L'officier fit exécuter les réparations utiles. Le lendemain, notre mine sautait, en même temps que les six autres fourneaux, et la position ennemie tombait dans nos mains.
Autre exploit, près de Bolante. Notre sape était parvenue juste au-dessous d'un poste d'écoute allemand. On entendait marcher le guetteur. Les deux galeries n'étaient séparées que par une mince épaisseur de terre. Brusquement, la terre s'éboule. Le pionnier allemand, se trouvant face à face avec nos sapeurs, s'enfuit. Nos hommes barrent rapidement la galerie, mettent le feu à la mine. Le fourneau allemand explose en même temps que le nôtre, et nos soldats, qui guettent l explosion de l'extrémité de nos boyaux, peuvent voir projetés dans les airs les travailleurs ennemis et les soldats du poste d'écoute au-dessous duquel nous étions arrivés.
Un Bois Qui Saute
La guerre souterraine ne gronde pas seulement sous les tranchées ennemies. Les mines explosent partout, taisant sauter les maisons, les bois, les villages que l'adversaire a occupés. La position du Four-de-Paris avait été, en novembre, évacuée par les Allemands, qui s'étaient retirés à quelques kilomètres vers le nord- est. Nos troupes s'emparèrent de la position, l'entourèrent de défenses et minèrent les bois d'alentour. Les Allemands ne tardèrent pas à paraître. Nos soldats les voient s'avancer, en formations épaisses, débouchant de l'épaisseur de la forêt. Ils n'étaient plus qu'à un kilomètre de notre front, quand l'ordre fut donné de faire sauter les mines qui avaient été préparées. Les soldats allemands étaient à ce moment juste au-dessus des puissants fourneaux installés a fleur de terre. Un témoin dépeint, dans une lettre, les terrifiantes explosions: Des flammes éblouissantes, écrit-il, éclairèrent le sous-bois. On vit sauter en l'air des terres et des arbres déracinés. Une fumée épaisse couvrit pendant un certain temps le lieu de l'explosion. Quand elle fut dissipée, le spectacle était effrayant. On apercevait dans un nuage de fumée noire, la colonne ennemie luttant contre les arbres qui lui barraient la route. Nos troupes avancèrent et occupèrent le terrain, semé de morts et de mourants, dont un grand nombre à demi enterrés dans le terrain bouleversé.
Partout, on le voit, les mines et les sapes font, dans cette terrible campagne, une merveilleuse besogne. Quelques chiffres donneront une idée de leur activité. Dans la seule région d'Argonne, entre le Four-de-Paris et l'Aire, les compagnies du génie ont déjà exécuté, d'après les communiqués officiels, 3000 mètres de galeries de mines et fait exploser 52 fourneaux ayant nécessité 7 200 kilos d'explosifs. La guerre de tranchées est, pour une grosse part, une guerre de mines, dont la gloire rejaillit sur tous nos soldats, au premier plan nos vaillants sapeurs du génie, qui piochent et creusent sans relâche et, dans les explosions terrifiantes qu'ils provoquent, bouleversent et détruisent les travaux ennemis.