de la revue 'l'Illustration' No. 3768, 22 mai 1915
'Nos Succès du 9 Mai dans le
Secteur Carency-Neuville'

La Bataille au Nord d'Arras - Trois Récits Officiels

 

Publié le 13 mai

Les combats qui se sont livrés depuis dimanche au Nord d'Arras ont valu aux troupes françaises un succès particulièrement brillant.

L'ensemble de nos attaques entre Loos et Neuville-Saint-Vaast a fait tomber en nos mains plus de 3.400 hommes, une douzaine de canons, une soixantaine de mitrailleuses, plus de 50 officiers, dont un colonel. Le dénombrement de notre butin n'a pu d'ailleurs encore être achevé.

Parmi ces attaques, celle qui a été menée sur la partie du front qui s'étend du Nord de Carency au Nord de Neuville a été particulièrement heureuse. Elle a valu au corps d'armée qui en avait été chargé une citation à l'ordre de l'armée. Jamais récompense ne fut mieux méritée.

On a souvent parlé de Carency dans les comptes rendus des derniers mois.

De ce village, il ne reste que des ruines, mais des ruines très fortement organisées par l'ennemi qui, poussant une pointe dans nos lignes, se reliait à son système général de défense par la route de Carency à Souchez, puissamment protégée par des tranchées creusées au Sud de cette route.

Le front descendait ensuite du Nord au Sud, dédale inextricable de tranchées, d'ouvrages, de boyaux, dont les principaux points d'appui étaient constitués, à l'Ouest de la route d'Arras à Béthune, par le village de la Targette.

A l'Est de la Targette, le village de Neuville était pour les Allemands un second centre de résistance aussi solide que le premier.

Enfin, la route de Neuville à Givenchy-en-Gohelle, à l'Est de la route de Béthune, à peu près parallèle à elle, formait, sur la crête qui domine la plaine jusqu'à Douai, un dernier et formidable retranchement.

On peut résumer brièvement les résultats de notre victoire de dimanche dans ce secteur, en disant que:

1 Nous avons pris d'assaut la Targette et la moitié de Neuville;

2 Nous avons enlevé et dépassé les ouvrages allemands à l'Ouest de la route Arras- Béthune, cette route elle-même jusqu'aux abords de Souchez et les trois quarts de la route Neuville-Givenchy ;

3 Face au Nord, nous avons conquis les ouvrages allemands au Sud de la route Sou- chez-Carency, par laquelle les Allemands communiquaient avec ce dernier village, et poussé nos tranchées jusqu'à la route même. L'Est de Carenoy a été enlevé d'assaut. En progressant vers le Nord, nous l'avons investi de trois côtés, si bien q\ae ses défenseurs n'ont plus de communication qu'avec Ablain-Saint-Nazaire, débordé, lui aussi, par notre progression ;

4 Notre gain, dans ces différentes actions, a varié de 2 à 4 kilomètres. Nous avons enlevé trois centres puissants de résistance : la Targette, l'Ouest de Neuville et l'Est de Carency. Le nombre des lignes conquises est, suivant les points, de trois ou de cinq. Dans ce seul secteur, nous avons pris 1.900 prisonniers, une trentaine de mitrailleuses et 6 canons.

 

La Prise de la Targette et l'Attaque de Neuville

L'attaque sur la Targette, menée par une division voisine du corps d'armée cité à l'ordre de l'armée, a été conduite aveo une audace remarquable et un succès complet.

L'artillerie avait, par son tir, démoli une grande partie des défenses accessoires. Un certain nombre de mitrailleuses avaient échappé cependant à la destruction et l'ennemi tenait toujours.

Du premier bond, notre infanterie atteignit les lisières, mais elle y fut arrêtée par des feux de flanc. Elle reprit l'attaque aussitôt et, partie de ses tranchées à 10 heures, elle tenait à 11 h. 15 la totalité de la Targette, ayant fait 350 prisonniers, pris plusieurs pièces de 77 et de très nombreuses mitrailleuses.

Tenant la Targette, elle était maîtresse de la croisée des chemins Arras-Béthune et Mont-Saint-Eloi-Neuville. Elle s'y organisa rapidement grâce au zèle héroïque des sapeurs du génie et continua sur Neuville.

Le village se présentait à elle en forme de pointe. C'était, suivant l'expression d'un officier, « un vrai paquet de mitrailleuses et de lance-bombes ». L'assaut fut donné cependant, et vers 15 heures, nous attaquions l'église.

De chaque maison crénelée, de chaque oave organisée en tranchée couverte, l'ennemi tirait sur nos hommes. On enleva, cependant, maison par maison, la moitié du village, et, malgré toutes les contre-attaques, on garda le terrain conquis. Ce fut une lutte épique dans les décombres et la fumée.

De minute en minute augmentait le nombre des prisonniers. Nous les voyions sortir de leurs trous ahuris de notre élan, et, d'instant en instant, vers l'issue du village, des colonnes étaient dirigées que nos cavaliers conduisaient vers l'arrière, à la grande joie des populations.

 

La Conquête des Ouvrages Blancs

Pendant ce temps, plus au Nord, l'attaque, partie de plus loin, faisait un bond en avant plus important encore.

Elle ne rencontrait pas sur sa route de villages; maïs, débouchant du bois de Ber- thonval, elle avait en face d'elle d'abord une masse de bastions et de tranchées que nos troupes appelaient des ouvrages blancs, parce que, creusés dans un sol crayeux, ils couronnaient la crête d'un labyrinthe blanchâtre ; ensuite les organisations de la route Arras-Béthune ; enfin les pentes retranchées de la falaise de Vimy dominant de plus de 30 mètres la plaine de Berthonval.

L'attaque, comme au Sud, se déclanchait à 10 heures. A 11 h. 30, nos troupes, ayant parcouru sous le feu plus de 4 kilomètres, s'engageaient sur les hauteurs.

Ce que fut cet assaut, ceux-là seuls peuvent le comprendre qui l'ont vu se développer, et les mots leur manquent pour le décrire.

Deux régiments sont sortis à 10 heures des tranchées de Berthonval. L'artillerie, particulièrement efficace, leur a ouvert la route. Les fils de fer sont détruits, mais beaucoup d'abris sont intacts avec leurs mitrailleuses.

La ligne avance pourtant. Elle bondit, s'incline, disparaît un moment, reparaît, dépasse les tranchées, où l'ennemi tient encore et continue à tirer.

C'est un flot qui roule. Les hommes, avec un mépris prodigieux de l'adversaire, ne s'arrêtent pas à ces tranchées qu'ils débordent. Tout au plus murent-ils parfois, dans les abris dont elles tentent de sortir, des sections entières d'Allemands.

Au passage, à la baïonnette, ils enfoncent ceux des ennemis qui leur barrent la route et toujours ils continuent. Les ouvrages blancs sont loin derrière eux.

Voici la route de Béthune : nouveau bond. Les bataillons de tête escaladent les pentes à l'Est, et, derrière eux, les autres arrivent, tuant, emmurant ou expédiant sur l'arrière tout ce qu'ils rencontrent.

Nos officiers tombent en grand nombre. Sur quatre chefs de bataillon, il n'y en a plus qu'un debout. L'un des colonels est grièvement blessé. Le général de brigade, qui s'est porté en avant avec ses troupes, a la poitrine traversée d'une balle.

N'importe, on continue. On redouble d'ardeur. Les hommes vont au pas de gymnastique, sautant par-dessus les tranchées ; ils attaquent la crête et la couronnent.

Une estafette part, atteint le poste téléphonique et rend compte. On ne veut pas le croire. En effet, il est 11 h. 30. En une heure et demie, on a fait - en attaquant - plus de 4 kilomètres.

Jamais, dans cette guerre de siège qui dure depuis sept mois, pareil succès n'avait été obtenu ni par les Allemands ni par nous. Un colonel allemand vient d'être fait prisonnier à son poste de commandement. Derrière nos bataillons viotorieux, on ramasse dans leurs trous des centaines d'Allemands. Nous avons anéanti ou capturé la valeur d'une brigade. »

 

Vers Souchez et Carency

Au Nord du bois de Berthonval, la lutte n'est pas moins dure et la difficulté est accrue par la forme du terrain - une série de ravins et de cuvettes - où le tir de l'artillerie ne peut que difficilement atteindre les défenses ennemies.

Nos régiments sont obligés, après un premier bond, qui les rapproche de Carency, de gagner du terrain pied à pied. Il faut, à coup de grenades, enlever morceau par morceau les positions ennemies. On y réussit, et, vers le soir, le village est débordé à l'Est par notre progression ininterrompue.

Cette progression se continue vers Souchez, et notre ligne, d'un mouvement régulier, se rapproohe de la route Carency-Souchez. A oheval sur la route Arras-Béthune, elle s'infléchit légèrement au Sud, à hauteur de Souchez, se reliant aux positions nouvelles des troupes parties du bois de Berthonval.

Comme sur les autres points du secteur, nous ramassons des prisonniers - plus de 500 - et un nombreux matériel, plusieurs canons-revolvers et une trentaine de mitrailleuses.

Vers le soir, le spectacle qu'offrent les faces Sud et Est de Carency est le plus singulier qui se puisse concevoir. De toute part les maisons en ruine de l'Est du village que les Allemands tiennent encore - et que nous enlèverons le lundi et le mardi - sont serrées de près par nos tranchées.

Les boyaux creusés par les Allemands le long de la route de Souchez leur sont dé- sormais interdits. Il faut qu'ils fassent le tour par Ablain, débordé en ce moment par nos attaques du Nord.

Une parfaite liaison des armes, une préparation d'artillerie supérieurement efficace, enfin et surtout un élan incomparable de l'infanterie, le courage et l'abnégation d'hommes de tout âge électrisés par des chefs dont beaucoup sont malheureusement tombés: tels furent, dans le secteur Carency-Neuville, les caractères de cette journée,

Bois de Berthonval.

 

 

II - La Prise de Carency et d'Ablain-Saint-Nazaire

Publié le 15 mai

Le nom de Carency était devenu aussi familier au public que monotone pour les unités qui, depuis des mois, faisaient face à cette position fortifiée.

Carency est situé dans une cuvette, sur les pentes de laquelle il s'étend en pointe. La commune comprend cinq gros îlots de maisons, un au centre, les quatre autres orientés vers le Nord, l'Ouest, le Sud et l'Est.

Le ruisseau de Carency coule au fond de la vallée, que dessert un chemin de fer à une voie. Au Nord les pentes, assez raides, sont couronnées de bois. Vers l'Est se dirige la route de Souciiez, bordée au Nord d'une colline boisée, au Sud de ravins qui la séparent du plateau.

Les maisons sont entourées de vergers où l'artillerie se défile aisément. La forme même du village comme la nature du terrain, ondulé et boisé, permettent d'excellents flanquements. Les Allemands, maîtres dans l'art d'organiser une position, avaient supérieurement utilisé toutes les ressources de celle-ci.

Une quadruple ligne de tranchées défendait le village, dont chaque rue et chaque maison étaient fortifiées, avec des passages souterrains de cave à cave. Dans les jardins, toutes les variétés d'artillerie, depuis le 105 et le 21 jusqu'au modeste « crapouillot », en passant par le 77, des lance-bombes de tous modèles, d'innombrables mitrailleuses,

L'attaque du 9 mai : troupe massée dans un boyau qui traverse le hameau des Rietz, attendant l'ordre de se lancer en avant.

assuraient la sécurité d'une garnison représentant quatre bataillons et plus de six compagnies du génie.

Un général de brigade commandait ce point d'appui et le secteur voisin. Il y avait là, au moment de notre succès, des Saxons, des Badois et des Bavarois.

A diverses reprises, depuis l'automne, nous avions essayé de prendre Carency.

Une attaque eut lieu le 18 décembre. Nous nous rapprochâmes du village par le Nord et l'Ouest ; mais les mitrailleuses nous arrêtèrent. Nous recommençâmes le 27 et nous réussîmes à rapprocher encore nos lignes de celles de l'ennemi ; de nouveau les mitrailleuses enrayèrent notre progression.

Dès lors s'engagea une lutte de coups de main et de mines qui dura tout l'hiver. Nos tranchées et nos boyaux étaient pleins d'eau. La boue montait jusqu'au ventre de nos hommes. Ils tenaient bon cependant contre l'ennemi abrité dans les caves et qui, de temps à autre, cherchait à se donner de l'air.

A ce jeu, Carency, sur son flanc Ouest surtout, ne tarda pas à être entouré d'un vrai chaos d'entonnoirs qui, aussitôt disputés entre les adversaires, ajoutaient des défenses impromptues à celles qu'on avait de part et d'autre patiemment organisées.

Cette situation ne pouvait pas se prolonger. Carency formait, en effet, dans nos lignes, un saillant menaçant et toute offensive en Artois devait comporter en premier lieu la rectification de notre front.

Par contre, les difficultés de l'attaque, constatées dès le mois de décembre, n'avaient fait que s'accroître avec le temps. La « barbette » allemande était devenue formidable et nous avions en face de nous une citadelle que l'ennemi, nous l'avons su depuis, considérait comme imprenable.

Notre front, face à l'Ouest, entre Ablain et Carency, ne pouvait être que passif, en raison des flanquements qui eussent fauché nos attaques. Restait, pour l'assaut, le front au Sud du village et le front Est, mais à condition de conquérir d'abord le terrain raviné qui séparait nos tranchées (courant vers le Sud-Est) de la route Carency-Souchez et les bois au Nord de cette route.

L'opération s'est faite en quatre jours, les 9, 10, 11 et 12 mai. Elle a été conçue avec une méthode et exécutée avec un héroïsme qui en ont assuré le succès complet.

 

Les Attaques Successives des 9, 10, 11 et 12 Mai

La première attaque, celle du 9, fut pour nos soldats une véritable fête.

Sortir enfin de leurs trous, en découdre à l'arme blanche, ne plus guetter, l'oreille au sol, le sourd cheminement des sapes, tous ne demandaient que cela. Mais une fois à découvert, quel serait le sort de l'attaque aux lisières des maisons crénelées, d'où les feux se croiseraient sur elle?

Sans doute l'artillerie avait préparé l'assaut avec une puissance magnifique. Plus de 20.000 projectiles de tous calibres avaient écrasé Carency et ses défenses pendant trois heures. Nos nouveaux canons de tranchées avaient effondré fils de fer et parapets sous des tonnes de mélinite. Les fantassins avaient confiance.

La route pourtant fut dure, qui, d'un seul bond, les conduisit au contact immédiat des maisona On les vit courir sur les pentes avec un élan furieux, pousser de l'avant malgré les pertes, franchir trois lignes de tranchées successives, atteindre le village, y entrer même sur sertains points, en dépit des ordres donnés qui prescrivaient qu'on ne s'y engageât pas.

Sur un seul point, vers la droite, les défenses allemandes, abritées dans un repli de terrain, tenaient toujours. Entre nos lignes et la route Carency-Souchez, il restait une poche qu'il fallait résorber à tout prix, pour pouvoir, avec chance de succès, poursuivre l'enveloppement du village.

Cette seconde attaque eut lieu le lundi 10 mai.

Elle permit de constater que, malgré le séjour prolongé dans les tranchées, nos chasseurs avaient conservé toutes leurs vertus tactiques. Dans ce ravin, encore hérissé de défenses accessoires, les [compagnies s'avancèrent par petits groupes, avec une science complète du terrain et une merveilleuse souplesse.

Comme la veille, nos troupes, emportées par leur ardeur offensive, allèrent plus loin que les ordres ne l'avaient prévu. Dépassant la route de Souchez, elles entrèrent dans l'îlot Est du village où elles subirent des pertes assez sérieuses.

Ne pouvant s'y maintenir, elles s'établirent en bordure de la route ; la poche au Sud était vidée d'ennemis. Carency, étroitement serré sur sa face Ouest et sur sa face Sud, commençait à être menacé par l'Est.

L'ennemi gardait cependant le libre usage des boyaux creusés par lui vers Souchez et vers Ablain. Il pouvait communiquer en presque absolue sécurité avec l'une et l'autre de ces localités. C'est cette liberté qu'il fallait supprimer, et c'est à quoi fut employée la journée du mardi 11.

Les ordres pour ce jour-là, qui prévoyaient le resserrement de l'investissement, furent exécutés à la lettre.

Les unités établies en bordure de la route Carency-Souchez se portèrent droit au Nord. Elles atteignirent en quelques heures le bois de Carency, à l'Est du village, et, après un dur combat, elles réussirent à s'y maintenir. Dès ce moment, l'ennemi perdait la faculté d'utiliser les boyaux conduisant vers Souchez.

La route d'Ablain lui restait, mais déjà se resserraient les deux pinces qui bientôt allaient la couper.

Nous avions, il est vrai, pour fermer notre étreinte, un gros effort à faire.

Notre but était, par deux attaques convergentes partant l'une de l'Est, l'autre de l'Ouest, d'enfermer dans un cercle étroit les défenseurs de Carency. Mais, partant de l'Est, nous rencontrions sur notre route un mamelon boisé, la cote 125, organisée par l'ennemi. Partant de l'Ouest, nous nous heurtions à une vaste carrière, profonde de 80 mètres, où les Allemands avaient organisé un fort complet avec des casemates et des abris-cavernes.

L'affaire promettait d'être chaude et les troupes se battaient depuis trois jours et trois nuits. Un régiment de renfort fut mis à leur disposition. Le mercredi, dans l'après-midi, l'opération se déclancha.

L'attaque de droite, bien servie par l'artillerie, qui anéantit trois compagnies sur la cote 125, triompha assez vite de la résistance allemande.

L'attaque de gauche eut plus de mal avec la carrière, mais les hommes étaient littéralement enfiévrés de la volonté de vaincre. Au prix de pertes sérieuses, mais non pas supérieures à l'importance du résultat, elles couronnèrent les pentes et envahirent l'îlot Ouest, tandis que dans l'îlot Est nos progrès se précipitaient aussi.

L'ennemi avait résisté depuis deux heures avec une opiniâtreté remarquable.

 

La Capitulation de Carency et l Prise d'Ablain

II est à ce moment 17 h. 30. Un cri part soudain de notre tranchée.

- Mon capitaine, ils se rendent!

Effectivement, à 30 mètres, des mains se lèvent ; puis des mouchoirs s'agitent et, peu à peu, sur le parapet, apparaissent des silhouettes d'Allemands.

Peut-être les éléments qui tenaient le Nord du village ont-ils pu retraiter vers Ablain. Mais ceux qui tenaient le Sud et le Centre n'ont pas osé risquer ce mouvement aventureux et, dans la prairie trouée de marmites, qui sépare les deux tranchées, les voilà qui descendent, bras ballants et le sourire aux lèvres avec des cris : « Kamerad! Kamerad! » où tous les accents de Bavière, de Saxe et de Bade voisinent dans un concert guttural.

Tout à coup, la file s'arrête au garde à vous. Et, sous l'œil narquois de nos poilus, les officiers allemands débouchent à leur tour, escortés de leurs ordonnances. Ce que dure ce défilé de boyau à boyau, vous le concevrez en songeant que plus de 1.000 Alle- mands se rendent en ce point.

Ils sont introduits dans nos tranchées qu'ils apprécient en connaisseurs. Devant un appui de tir, un grand diable roux ne résiste pas à la tentation d'esquisser le geste du tireur et il résume son impression en disant : « Ausgezeichnet », ce qu'un chasseur traduit aussitôt en disant : « Tu la trouves rien bath, hé, mon colon? »

La progression continue et s'égrène jusqu'à l'issue des boyaux. Ces homme sont fatigués, mais pas débilités, résignés, mais hostiles. On leur fait suivre la voie ferrée et, une heure après, les voilà tous parqués au poste de commandement.

Les officiers se détachent : raides, claquant les talons, ils passent devant le général. On se renseigne.

- Qui est-ce qui commandait ? demande un officier français.

Légère hésitation, puis, finalement, un colonel s'avance. Ses explications sont confuses. Il est arrivé le matin ; mais il ne commandait pas. Sans doute, ne tient-il pas à attacher son nom à notre victoire. Il parle du général d'un air navré. Un autre questionne : « L'a-t-on retrouvé? »

Puis, un silence gêné. Des propos échangés, il semble résulter qu'il y avait à Ca-renoy un général de brigade à qui il est arrivé malheur. Tué! Blessé!...

Quelques-uns donnent leur impression sur l'attaque. Elle se résume en deux phrases: « Votre tir a été mathématique. Vos fantassins sont venus si vite qu'on ne pouvait pas résister. »

Cet hommage de l'adversaire couronne la gloire des « poilus » qui ne se lassent pas de regarder le lourd troupeau des captifs.

La nuit vient ; on pousse en avant, droit sur Ablain-Saint-Nazaire. Qu'allons-nous trouver là-bas ? Si les Allemands ont de l'audaoe, ils peuvent y tenir encore, mais c'est risqué. A ce moment, un grand feu éclaire la nuit : c'est Ablain qui brûle. Les « Boches » s'en vont. Deux heures après, à la suite d'un dernier combat, nous avons tout un régiment dans le village.

L'ennemi tient encore quelques maisons de la lisière Est. Possession précaire it qui nous vaudra de nouveaux prisonniers, car en même temps, plus au Nord, les unités voisines achèvent de nettoyer les hauteurs de Notre-Dame-de-Lorette.

Au petit jour, l'affaire es terminée. Nous avons tout Carency et tout Ablain, sauf cinq ou six maisons. Nous tenons le bois de Carency et le bois de la cote 125. Le grand saillant allemand est à nous. Dans cette seule région, nos prisonnier des quatre jours sont au nombre de deux mille, avec canons, obusiers, lance-bombes, mitrailleuses, fusils, obus, cartouches, matériel téléphonique. Et dans le matin gris, qu'une pluie fine assombrit, la joie fait battre tous les cœurs.

Il faut maintenant visiter Carenoy. Nous l'avons hier soir traversé en trombe, aux trousses des Allemands. Après six mois de vis-à-vis, un examen détaillé s'impose.

Comme destruction, on ne peut rien concevoir de plus complet. Pas une maison qui ne soit trouée par en haut et par en bas. Les murs sont crevés. Les caves, même, sont défoncées. Des lits brisés, des fourneaux tordus pendent des murs écroulés.

L'ennemi a démoli à la pioche ceux qui avaient résisté ; il a établi ainsi, à travers tout le village, sur le sol et dans le sous-sol, des communications commodes, faciles à couper aveo des sacs à terre. Tous les draps de Carency y ont passé : sacs à terre aussi, les serviettes, les torchons, les rideaux.

Ici, derrière l'église, plusieurs canons. Pour nous empêcher de les retirer, les Allemands bombardent sérieusement, mais nos travailleurs déblaient sans s'en inquiéter.

Voici l'ambulance allemande. Elle a été construite en briques dans un abri. Le salon du major est orné de glaces et de gravures sentimentales. C'est confortable. Comme les Allemands croient que nous y sommes, ils la bombardent aussi ; fâcheuse erreur, car les seuls blessés qui s'y trouvent sont ceux qu'ils y ont laissés.

Les tranchées sont profondes, étroites, bien combinées. Les abris sont très solides. Mais les nôtres sont mieux. Nos tranchées, à double fond, ne sont pas, comme celles-ci, envahies par l'eau. Surtout, elles sont plus propres.

Comme à l'ambulance, on trouve des glaces dans les tranchées et aussi des sonnettes de tous formats, et des capotes, des armes, des jumelles, des poignards, un vrai musée. Pendant que nos hommes font l'inventaire de leur gain, les marmites tombent sur Carency, de plus en plus dru. Elles abîment les ruines et les cadavres sans nous gêner beaucoup. Tout ce truquage souterrain nous offre des abris parfaits. Ce n'est pas un cantonnement de repos, mais c'est un cantonnement glorieux.

Là-bas, sur la route, au pas de parade, tête à gauche, garde badoise, chasseurs bavarois, fantassins saxons et pionniers défilent, à la suite de leur colonel, devant le général français.

 

 

III - Les Combats de Neuville-Saint-Vaast

Publié le 18 mai

Neuville-Saint-Vaast est un important village disposé en longueur, du Sud au Nord, sur une route allant des environs d'Arras vers Givenchy et Liévin.

A l'Ouest de Neuville passe la grande route de Béthune à Arras, sur laquelle est situé le village de la Targette ; à l'Est de Neuville, la grande route d'Arras à Lille.

Le village de Neuville, qui a 2 kil. 5 de long, est à cheval sur la route de Givenchy et se prolonge vers l'Est par un gros îlot, d'où part un chemin qui croise perpendiculairement, aux Tilleuls, la route d'Arras à Lille.

Le village, dans sa plus grande largeur, à hauteur de l'église, a environ 700 mètres ; c'est donc un groupement massif de maisons très facile à défendre. Nos premières lignes, au moment de l'attaque, étaient orientées vers le Sud-Est, distantes de 2 kil. 5 de la lisière Ouest de Neuville, et de 1 kil. 5 de la lisière Sud. Elles en étaient séparées par quatre lignes de tranchées et par le village de la Targette.

Il fallait donc, pour atteindre les lisières de Neuville, enlever cinq forts obstacles auxquels s'ajoutaient, dans chaque maison isolée, le long de chaque chemin creux, des organisations accessoires.

C'était - et nos hommes le disaient - « un gros morceau à avaler ». Le « morceau » n'était pas moins dur au Sud et au Sud-Est. Outre leurs tranchées ordinaires, Allemands avaient construit, au delà de la route de Béthune, un ouvrage de près de 2 kilomètres de côté, connu, chez nous, sous le nom de « Labyrinthe ».

Il y avait là, reliés par des kilomètres de boyaux, des ouvrages bétonnas, des canons sous coupoles, des mitrailleuses en caponnière tous les 25 mètres ; bref, un point d'appui formidable dont nos avions nous avaient révélé la puissance.

L'artillerie, le 9, de 6 à 10 heures, prépara l'attaque supérieurement. Eli» lança sur les lignes allemandes des milliers de projectiles qui tous allèrent au but.

Notre infanterie, massée dans les boyaux, était à ce moment magnifique à observer. Elle écoutait, dans une sorte d'ivresse silencieuse, le concert des canons. De temps ,en temps, un poilu murmurait : « Qu'est-ce qu'ils prennent! »

Les heures passaient, les commandants de compagnie regardaient leurs montres réglées d'avance. Tout le monde savait qu'à 10 heures on sortirait. A 10 heures, sur un geste, sans un mot, tout le monde est sorti.

 

Les Gars de la Frontière à l'Assaut

L'attaque était conduite, de l'Ouest de Neuville jusqu'au Sud-Est du village, par des régiments appartenant à deux divisions de l'Est. Pour ces braves, endurcis par dix mois bientôt de guerre, cette attaque, minutieusement préparée, était une joie depuis longtemps attendue.

Il n'y avait là que des gars'de la frontière, les uns - les plus nombreux - originaires des régions interdites à l'ennemi par les beaux combats de la fin d'août et du début de septembre ; les autres, nés dans les quelques parties de Meurthe-et-Moselle et de la Meuse que les Allemands occupent encore ; tous soldats accomplis, formés au feu, brûlant d'une sainte passion de vengeance.

Notre attaque de gauche, à travers une prairie, atteignit, après 150 mètres, les pre- mières lignes ennemies. Les fils de fer, épais d'un doigt et barbelés, avaient été anéantis par notre feu. Des passerelles avaient été préparées pour franchir les tranchées. Mais, comme les Allemands ont des tranchées étroites, nos soldats, laissant là les passerelles, sautèrent d'un bond et continuèrent.

Maintenant, les voilà sur une croupe qui les sépare de la Targette. En avant du village, deux ouvrages avec de l'artillerie. Les Allemands, effarés de la brusquerie de notre assaut, sont cloués dans leurs trous. Seuls, les mitrailleurs, mieux protégés, continuent à tirer et à nous tuer du monde.

Nous atteignons les maisons de la Targette. Un combat pied à pied, dans les rues et les vergers, nous ralentirait. Comme le village n'est pas grand, nous le débordons et, 300 mètres plus loin, nous touchons aux premières maisons de Neuville. Il est 11 h.

Au centre, notre attaque, menée avec le même élan, a dépassé la route de Béthune, à hauteur du hameau des Rietz. Elle atteint bientôt les ouvrages ennemis aux lisières Sud de Neuville et se prolonge vers le Nord, dans la direction du cimetière.

Sur les tombes, une lutte acharnée s'engage. Deux fois, dans la journée, nous sommes maîtres du cimetière, et deux fois nous le reperdons. Nous nous maintenons à proximité, après avoir conquis et conservé, comme à gauche, cinq grosses lignes de tranchées.

Notre droite seule est arrêtée dans son bond en avant : elle trouve en face d'elle le Labyrinthe. Elle y mord, cependant, malgré des difficultés énormes et s'empare de la partie Sud. Msis les flanquements de l'ouvrage nous causent de lourdes pertes.

Nous gardons ce que nous en tenons ; nous sommes pourtant obligés de stopper et notre front s'allonge par là même, en adoptant la forme d'une équerre dont Neuville serait le sommet.

Tout cela s'est passé en deux heures et demie. Les témoins eux-mêmes ont peine'à décrire cette ruée, tant les esprits et les yeux étaient uniquement tendus vers le but à atteindre, absorbés par la volonté de l'atteindre! On se souviendra de quelques incidents saisissants, et c'est tout.

A 11 h. 10, un bruit sourd, entre les intervalles des coups de canon, fait tourner la tête aux fantassins. Derrière eux, nos batteries, audacieusement, traversent les pentes au grand trot. Quelques-uns de nos hommes applaudissent : il y a si longtemps que l'artillerie n'a avancé ! Sous la mitraille, calmes et précises, comme à la manœuvre les pièces se mettent en batteries aux limites mêmes de la Targette et ouvrent le feu, pour arrêter les renforts ennemis.

Puis, d'autres cris: nos fantassins poussent devant eux des officiers de chevau-légers pris dans un abri, car les cavaliers allemands garnissaient les tranchées. Jamais expression de stupeur, telle que celle dont sont hébétés ces lieutenants, ne se peignit sur des visages.

Ici, capture plus belle: 7 pièces de 77, profondément enfoncées dans une casemate que nos obus ont écrasée. A côté, toujours dans des abris souterrains, 500 obus, un dépôt d'habillement, deux vaches et une cabane à lapins bien fournie.

Là-bas, sur une petite place, à l'entrée de Neuville, il y a une fontaine. On voit les hommes courir, remplir leurs bidons sous le feu des mitrailleuses, qui en abattent beaucoup. Nos soldats sont blancs de poussière, haletants, éreintés, splendides de force et de bonheur, indifférents à la mort dont ils se jugent payés par la victoire.

Dans les chemins creux, dans les boyaux, dans les prairies, des centaines de morts allemands attestent l'étendue des pertes infligées à l'ennemi. Sur certains points, c'est un tragique entassement de cadavres que, dès le soir, avec un ordre parfait, nous réunissons pour les ensevelir. Notre infanterie a achevé l'œuvre destructrice de notre artillerie.

Dans la nuit, nous organisons notre nouveau front.

Les tranchées allemandes de première ligne nous servent de boyaux, et c'est les tranchées de troisième ligne que nous retournons face à l'ennemi.

Dans Neuville, nous avons, du premier élan, pris pied dans l'îlot Sud, où nous nous cramponnons, sous un feu d'artillerie qui va d'heure en heure devenir plus sévère.

A l'Est, nous sommes tout près du cimetière, mais nous n'avons pas pu y rester. Puis, notre ligne descend au Sud et, filant à l'Est, entame le Labyrinthe, dont nous conservons une partie, mais dont le reste est à prendre.

 

La Conquête de Neuville, Maison par Maison

Dans les journées suivantes, notre effort va tendre à conquérir Neuville et à le déborder, si possible. Nous savions bien que la lutte de rues, de maison à maison, serait dure. Mais notre attente a été dépassée.

Pour concevoir à quel degré peut atteindre l'art des Allemands en matière de truquage des positions, il faut avoir visité le sol, et surtout le sous-sol de Neuville.

Les caves vastes et profondes des maisons ne leur ont pas suffi.

Ils ont commencé par en recouvrir les voûtes extérieures d'une couche de béton d'un mètre au moins. Puis, partant du fond des caves, ils ont creusé, en dessous, de nombreux abris fortement protégés. C'est là qu'ils se cachent pendant le bombardement. Entre ces caves, ils ont établi des communications souterraines et, d'un bout à l'autre du village, ils circulent comme des taupes, surgissant tout à coup là où on les attend le moins. L'un d'eux, muni d'un périscope, a été va en arrière de nos lignes et a pu s'échapper sous terre quand on l'a poursuivi.

Chaque pâté de maisons est armé de mitrailleuses, placées dans des abris bétonnés. Tels de ces abris étaient munis d'une grille fermée à clé, derrière le mitrailleur.

En outre, amenant en hâte de l'artillerie, l'ennemi avait commencé, sur la partie du village occupée par nous, un tir dont le réglage n'avait aueune peine à être parfait.

C'est dans ces conditions que nos fantassins, de lundi à vendredi, ont continué, sans un instant d'arrêt, la conquête du village. Nos progrès ont été lents : ils ne pouvaient pas ne pas l'être.

Chaque groupe de maisons a été assailli successivement et presque toujours par les cayes, en même temps que par les rues. Il s'est dépensé, dans cette lutte ingrate, des trésors d'abnégation, de patience, d'ingéniosité. Chaque soir, nos poilus ont pu enre- gistrer un progrès, jamais un recul.

Samedi soir, à la nuit, nous tenions la masse du village, à l'exception de sa corne Nord, et notre progression à l'intérieur était accompagnée et consolidée par notre progression au dehors.

Les régiments qui devaient s'avancer au Sud et à l'Est de Neuville avaient à remplir une lourde tâche. Leur attaque devait se développer face aux lignes allemandes, dans une sorte de goulot de moins d'un kilomètre, où le Labyrinthe d'une part, les lisières Est et le cimetière de Neuville d'autre part, croisaient sur eux des feux convergents.

Le mardi 11 mai, dans une charge héroïque, un de nos régiments a muselé l'un de ces deux flanquements. Traversant, au prix de fortes pertes, la redoutable zone où se croisaient les mitrailleuses ennemies, il a atteint le cimetière situé à 300 mètres Est du village. Il l'a enlevé et s'y est maintenu.

Dans la nuit du 11 au 12, une contre-attaque violente a tenté de le lui reprendre : elle n'y a pas réussi. Nos fantassins, avec un sang-froid absolu, ont laissé avancer les Allemands à 30 mètres-de leur ligne ; puis, d'un tir sûr et rapide, ils ont, à coups de mitrailleuse et de fusil, fauché les assaillants.

Ce n'était pas assez pour eux. Bondissant du cimetière, en pleine nuit, ils se sont jetés sur ce qui restait d'Allemands et, à coups de pointe, ils ont ramené prisonniers une centaine d'hommes et quatre officiers.

Depuis lors, nous n'avons pas bougé du cimetière, qui constitue pour notre progression ultérieure une base précieuse. A droite, aux abords du Labyrinthe et contre le Labyrinthe lui-même, nous n'avons réalisé que de moindres progrès: l'essentiel était, en effet, de nous installer d'abord dans Neuville.

Des deux attaques prononcées par notre droite, l'une a gagné du terrain grâce à la splendide vaillance de nos fantassins. On en a vu, arrêtés par les fils de fer que l'artillerie n'avait pas pu détruire en raison d'un repli de terrain, qui continuaient à répondre à coups de fusil au tir des mitrailleuses.

D'autres, armés de cisailles, ont rompu sous le feu le réseau ennemi. Les officiers marohaient en tête et tombaient les premiers - comme ce petit lieutenant qui, le 11, à l'attaque du cimetière, criait, frappé à mort : « Vive la France ! Il nous faut le cimetière! » C'est de tels dévouements, multipliés à l'infini, qu'est faite la longue et sanglante conquête des points d'appui nécessaires aux actions de demain. C'est de ces dévouements qu'est nourrie l'âme vaillante de nos armées, si belles et si fortes aujourd'hui, dans la maturité de leur expérience guerrière.

 

Les Résultats

Au cours de ces six journées de combats acharnés et meurtriers, nos troupes, dans ce secteur, ont enlevé cinq lignes de tranchées, deux villages puissamment fortifiés et une partie d'un ouvrage - le Labyrinthe - plus fort que ne le sont souvent les fortifications permanentes ; infligé à l'ennemi des pertes énormes.

Elles ont pris, dans cette seule partie du front de combat, près de 2.000 hommes, une quarantaine d'officiers, sept canons, une trentaine de mitrailleuses, des obus et des cartouches, une grosse quantité de matériel.

L'ennemi retranché, qu'elles ont trouvé devant elles, s'est très bien battu. Mais elles lui ont imposé le sentiment indiscutable de leur supériorité. Officiers et soldats ont rempli leur devoir dans un esprit de sacrifice absolu, avec une connaissance parfaite des difficultés et des dangers au-devant desquels ils allaient.

Beaucoup ont succombé ; mais les autres sont, aujourd'hui comme hier, animés d'une invincible résolution. Et, entre les lignes successives des Allemands, désormais tenues par nous, les petites croix blanches des tombes suggèrent aux survivants, avec la pitié du souvenir, le devoir de la vengeance.

Sur le sol labouré d'obus, dans les boyaux conquis, les troupes sont massées, prêtes aux attaques futures, instruites et grandies par l'épreuve victorieuse de leur force.

 

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